interview

Le développement de l'économie circulaire pourrait générer 50.000 emplois en Belgique

©BELGAIMAGE

Même si la Belgique figure parmi les champions de la collecte et du tri des déchets, davantage d'efforts dans le développement de l'économie circulaire en général pourraient générer 50.000 emplois supplémentaires. Une interview de Maarten Dubois, senior manager au département Cleantech du bureau de consultance EY.

En réponse à l'idée lancée par notre collectif de dirigeants, l'Appel des XI, Maarten Dubois, consultant en Cleantech, estime que malgré le fait que la Belgique soit classée parmi les champions dans le secteur du traitement des déchets, elle pourrait permettre la création de 50.000 emplois supplémentaires en investissant davantage dans l'économie circulaire.

Combien d’emplois pourrait-on créer en Belgique et en particulier en Wallonie dans le traitement des déchets plastiques?

L'appel des XI

11 entrepreneurs proposent 11 idées pour faire avec avancer Bruxelles et la Wallonie.

Le secteur du traitement des déchets représente aujourd’hui en Belgique quelque 25.000 emplois directs et plus ou moins le double en emplois indirects. On estime que le développement de l’économie circulaire en général pourrait générer 50.000 emplois supplémentaires à terme. C’est un secteur où règne une grande compétition et où la logistique est un point clé dans la gestion efficace des ressources.

Il compte beaucoup de petites entreprises et quelques grandes. Le marché international s’est déjà fort ouvert car l’industrie veut des ressources supplémentaires et que la mauvaise réputation des déchets a quasiment disparu. Le secteur connaît une forte croissance en Europe, de 5% par an sur la dernière décennie.

50.000
Emplois supplémentaires
Le développement de l’économie circulaire en général pourrait générer 50.000 emplois supplémentaires

Quels sont les atouts de la Belgique?

Primo, sa localisation au cœur de l’Europe; deuzio, le fait que le pays a commencé plus tôt que les autres en mettant très tôt en place des obligations et des organisations gérant les collectes, le tri et le traitement comme Fost +, Val-I-Pac, Recupel, Bebat…; et tercio, une série d’entreprises qui se sont spécialisées, en Flandre surtout.

Au-delà des plastiques, dans les métaux, on cite toujours Umicore en exemple…

Oui, Umicore joue un grand rôle dans le retraitement des non-ferreux et en achète partout en Europe; on peut citer aussi Stora Enso à Gand, pour le retraitement du papier et carton.

"La positionnement en Wallonie n'est pas aussi clair qu'en Flandre et à Bruxelles."
Maarten Dubois
Senior manager au département Cleantech du bureau de consultance EY

Et en Wallonie et à Bruxelles?

 Bruxelles se positionne clairement dans l’économie circulaire et accueille une série de projets en cours de déploiement. Le positionnement de la Wallonie n’est pas aussi défini, il lui manque une stratégie politique bien établie. 

Comment faire naître un Umicore wallon dans les plastiques?

Grande question… Les Pays-Bas essaient d’attirer cette industrie, la France, la Flandre aussi… La Wallonie devrait se montrer plus proactive à cet égard. Le secteur privé, les parties prenantes en général, y trouve moins d’ouverture. La première action à mener serait que la Région se positionne en faveur de l’économie circulaire, comme Bruxelles a commencé à le faire. Voyez l’exemple du port de Rotterdam, qui crée des parcs industriels entiers pour attirer différents acteurs de l’économie circulaire en leur offrant des possibilités de synergies… Il faut créer les bonnes conditions pour faire venir les entreprises. Autre exemple: on projette actuellement de créer un organisme de collecte et traitement des matelas usagés, selon le même principe de la responsabilité élargie des producteurs qui régit le système Fost +. La Flandre a lancé le projet et Bruxelles est en train d’étudier le dossier, alors que la Wallonie reste assez passive.

"On devrait s'inspirer de l'exemple du port de Rotterdam qui crée des parcs industriels entiers pour attirer différents acteurs de l'économie circulaire"
Maarten Dubois
Senior manager au département Cleantech du bureau de consultance EY

Est-il envisageable d’attirer des flux de déchets plastiques étrangers en Belgique et en Wallonie?

Oui, c’est possible. Pour les plastiques comme pour les métaux. CometSambre importe des métaux pour les recycler: ces matières traversent les frontières. Il reste certes quelques contraintes au niveau européen. Les frontières nationales restent souvent fermées aux déchets domestiques mixtes. Ceci dit, le politique ne peut pas décider à lui seul d’attirer de grandes entreprises. Il peut en revanche faire en sorte qu’il existe des infrastructures ainsi qu’un support et des réseaux, pour favoriser les synergies. Il faut une stratégie compréhensible avec une vision, des objectifs, et une approche structurée.

Les intercommunales jouent encore un grand rôle dans la collecte des déchets en Wallonie: une bonne chose?

Les intercommunales ont commencé à traiter les déchets dans les années 1970. Aujourd’hui, le marché a changé du tout. Le secteur privé offre des services divers de collecte, tri et traitement. Même si les intercommunales ont l’avantage d’opérer sans TVA, des entreprises privées collectent plus de 50% des déchets ménagers belges. Selon moi, l’avenir des intercommunales à moyen et long terme n’est plus dans la collecte ou le tri, mais dans l’organisation des flux.


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