Les réactions des politiques et des experts

©Valentine Penders

Rudi Vervoort, Willy Borsus, Olivier de Wasseige et Leo Neels évaluent l’Appel des XI. Et évoquent les idées à approfondir.

Leo Neels

Directeur général du think tank ITINERA

Leo Neels ©BELGA

"Ce qui m’a frappé dans l’exercice de l’appel des XI, c’est l’écart énorme entre les idées des politiques et celles développées par les entrepreneurs. Les entrepreneurs définissent systématiquement un objectif à atteindre avec un plan d’action, ce que le gouvernement ne fait pas ou rarement. La plupart du temps, il se contente d’un compromis, souvent d’ailleurs le plus petit dénominateur commun. J’y ai trouvé des idées ambitieuses, concrètes, qui touchent directement aux priorités pour l’avenir de la Wallonie et de Bruxelles, à savoir créer de la prospérité et de l’emploi. Nos politiques auraient tout intérêt à se laisser davantage inspirer par le monde des entrepreneurs. Malheureusement, l’approche politique vise d’abord la survie. Le monde politique préfère encore et toujours créer des structures, des réglementations qui vont inévitablement engendrer une surtaxation de nature à gêner l’entreprenariat qu’on continue à regarder avec méfiance. Une seule grande université francophone? Et pourquoi pas? Cela a du sens! Après avoir lu ces propositions, on se rend compte combien le monde de l’entreprise est définitivement celui du possible, là où celui des politiques n’est que difficulté."

Willy Borsus

Ministre-président wallon

Willy Borsus ©Photo News

Que pensez-vous de cette initiative de L’Echo?

Je trouve cette initiative très chouette car décoiffante. Il s’agit de gens d’horizons très différents, avec beaucoup d’expertise et je suis convaincu qu’il faut oser, il faut de l’audace sur le plan des idées, mais aussi en économie ou en politique.

Quelle est l’idée, parmi les 11, qui vous a le plus interpellé?

C’est "Plus que 2 heures de cours par jour". Même s’il faut développer le lien avec le monde professionnel, même s’il faut intégrer les nouvelles technologies dans la formation, même si le phénomène des MOOC nous interpelle, mon message pour l’enseignement va plutôt dans le sens de plus d’exigence et plus d’efforts. Je fais mien l’adage entendu récemment qui dit que nous avons plus besoin d’un pacte d’exigence que d’un pacte d’excellence. Donc les 2 heures de cours par jour ne me semblent pas être une bonne idée.

Quelle idée seriez-vous prêt à tenter de faire appliquer?

L’idée que je pourrais rejoindre est celle des "Emplois sans impôts". Une grande partie de notre croissance dépend de notre capacité à mobiliser de la main-d’œuvre, et ce dans les domaines tels que les nouvelles technologies, l’innovation, le numérique… Un incitant fiscal fort peut être un levier. Évidemment, cela passe par un accord fédéral-régional et il faudrait bien entendu en analyser l’impact. Mais ici encore, je suis convaincu qu’il faut miser sur l’audace et oser un changement fort.

Olivier de Wasseige

Administrateur délégué de l’union Wallonne des Entreprises (UWE)

Olivier de Wasseige ©Thierry du Bois

"L’Appel des XI est assurément une belle initiative. Cela a le mérite de faire sortir la réflexion des sentiers battus, parfois en poussant les raisonnements à l’extrême. Même si certaines idées peuvent paraître un peu irréalistes voire utopistes, elles ont le mérite de faire réfléchir. Certaines idées méritent d’ailleurs d’être approfondies et de faire l’objet de chantiers de réflexion."

Quid de l’idée de réduire, dans l’enseignement secondaire, les cours traditionnels à deux heures par jour (avec le développement parallèle d’ateliers, de rencontres, partage de professeurs spécialisés, utilisation de MOOC, développement du codage)? 

Deux heures de cours par jour, cela peut paraître extrême. Mais si cela permet de mieux se préparer aux métiers de l’avenir et de répondre aux besoins des entreprises, c’est positif.

Nos universités sont bien cotées. On les rendrait sans doute encore plus fortes si la taille venait à augmenter. Mais il ne faudrait pas non plus créer des mastodontes qui manqueraient de flexibilité.

Rudi Vervoort

Ministre-président bruxellois

Rudi Vervoort ©BELGA

Que pensez-vous de cette initiative de L’Echo?

C’est une initiative intéressante.

Elle répond bien à l’idée que je me fais d’une presse engagée qui agit aussi comme force de proposition pour proposer, comme en contre-pied, d’autres visions possibles pour notre société. Et cela, c’est toujours nourrissant. Je ne partage pas toutes les options prises, mais je suis friand du débat d’idées.

Quelle est l’idée, parmi les 11, qui vous a le plus interpellé?

La proposition n°2, qui propose moins d’impôt pour ceux qui sont proches de leur lieu de travail. Elle réunit des enjeux auxquels nous, politiques et pouvoirs publics, sommes très sensibles: l’accès à l’emploi, la mobilité et l’environnement.

L'APPEL DES XI

11 entrepreneurs proposent 11 idées pour faire avec avancer Bruxelles et la Wallonie.

 

Laquelle seriez-vous prêt à tenter de faire appliquer?

C’est naturellement cette proposition n°2. En tant que capitale, Bruxelles doit faire face à deux réalités socio-économiques simultanées et contradictoires que sont un chômage élevé et une importante masse de travailleurs navetteurs provenant des autres régions (50% des jobs!). De la sorte, lorsqu’il s’agit de créer de l’emploi à Bruxelles, on n’est jamais assuré que celui-ci répond bien aux besoins des chercheurs d’emploi bruxellois. Si l’accès à l’emploi ne peut en aucun cas être discriminé, il est certain que d’autres voies sont possibles.

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