Réorganiser les invests publics

L’ancrage local des invests publics est particulièrement important pour les entrepreneurs. ©AFP

Le constat: Invests locales, SRIW, Sowalfin, Sogepa, les outils économiques wallons de soutien aux entreprises se font concurrence, divisent les moyens disponibles, agissent en fonction de critères parfois plus politiques qu'opérationnels. L'idée: Rassembler les moyens financiers dans un seul fonds pour les mettre à disposition d'investisseurs privés à raison de 1 euro par 5 euros investis.

Rassembler tous les moyens dont disposent les régions pour soutenir l’économie dans un fonds mixte aux moyens démultipliés, telle est l’idée lancée par nos 11 patrons dans leur appel de janvier dernier. Le constat est simple: à force de se diviser, les moyens disponibles finissent par se diluer et d’autre part, le jeu politique détermine le choix des affectations de ces fonds publics davantage que les besoins réels. Reprendre le modèle des grands fonds d’investissements privés ou celui de la GIMV, le fonds d’investissement régional flamand, pourrait donc avoir du sens, et permettrait d’attirer des investisseurs privés à tous les étages pour accroître les moyens disponibles.

Tout n’est cependant pas à jeter dans le système actuel à entendre les acteurs de terrain: ni la proximité entre les investisseurs publics et les projets, ni la facilité et, dans une certaine mesure, la multiplicité des aides possibles.

"La Wallonie est un véritable Eldorado pour l’entrepreneur qui a besoin d’un soutien financier. Il y a beaucoup d’outils qui répondent à beaucoup de besoins différents", affirme d’entrée Pierre Rion, investisseur, business angel, mais aussi administrateur de différentes structures de la SRIW, dont le fond WING, et également administrateur de Nivelinvest. "Mais cela ne veut pas dire que tout est parfait ou simple…"

Public, privé et… local

"Cela fait plus de sept ans que j’ai noué mes premières relations avec des invests locaux. Sans cela, je ne serais jamais arrivé où j’en suis actuellement", explique Jean, entrepreneur du Tournaisis, qui préfère rester discret pour ne pas froisser de bonnes et anciennes relations. Au moment où il rachète une première société, ses fonds propres sont limités.

L'APPEL DES XI

11 entrepreneurs proposent 11 idées pour faire avec avancer Bruxelles et la Wallonie.

 

Fils d’un industriel connu dans la région, il a son nom pour capital. Ca aide mais ce n’est pas suffisant. Il se tourne donc vers Wapinvest. "C’est une structure dont les organes de décision mélangent le public et le privé. Mais ce sont avant tout des gens de terrain et des entrepreneurs locaux. C’est ça qui est important, quelle que soit l’origine des fonds, affirme Jean. Ils font confiance à un entrepreneur et à un projet industriel. Cela n’a rien de spéculatif."

Et de pointer la dérive prise par la GIMV notamment perçue comme un fonds spéculatif davantage que comme un soutien aux entreprises. Dans ce type de véhicule, les priorités sont davantage mises sur le rendement et le profit des opérations que sur le soutien réel. "J’ai tenté l’expérience, mais en dessous de 10 millions d’euros, ils ne regardent même pas le projet", constate Jean.

Les neuf invests régionaux wallons octroient des prêts ou avancent du capital. "Et ils ne sont pas très gourmands", affirme encore notre entrepreneur.

Cet ancrage local paraît très important aux yeux des entrepreneurs, même si les moyens des neuf invests sont relativement limités. Un bémol pour certains d’entre eux, comme Meusinvest et Sambrinvest essentiellement, dont la puissance de feu dépasse largement celle des autres. "Ce qui leur permet d’aborder des dossiers plus importants et surtout en dehors de leur périmètre naturel. Mais avec des pertes d’efficacité du fait de la concurrence interne, qui peut jouer parfois", constate Rion, qui n’écarte pas l’idée de les intégrer dans la SRIW mais sans perdre l’ancrage et les réseaux locaux.

"Mais il ne faut pas se leurrer, tempère Pierre Rion, les fonds distribués par les invests régionaux proviennent quasi exclusivement de la Sowalfin et sont donc totalement publics."

Grand Machin

Si le travail des invests locales est plutôt loué, la SRIW et ses filiales sont plutôt perçues par le terrain comme un "grand machin" aux entrées multiples mais au fonctionnement complexe. "Il y a une très grande diversité d’aides disponibles", reconnaît Jean, "mais à tel point que l’on s’y perd. Je dois avoir recours à de la consultance pour identifier les aides qui correspondent à mes besoins… Cela mériterait sans doute davantage de centralisation et de lisibilité."

"Il y a une très grande diversité d’aides disponibles, mais à tel point que l’on s’y perd."
Jean
Entrepreneur

Avec les business angels ou les incubateurs du type WING, les invests locaux et la SRIW, la Wallonie semble donc disposer de la pyramide complète des besoins de soutien et de financement pour les entreprises. "Que reproche-t-on à la SRIW? Cela fonctionne bien, cela rapporte de l’argent et ce n’est pas aussi politisé qu’on veut bien le dire. Mais il est clair qu’il y a un flou artistique dans cette nébuleuse, qui mériterait davantage de rationalisation, une seule marque!", estime Rion qui a identifié plus de 100 outils de soutien aux entreprises publics ou parapublics. Sans compter les initiatives à dominante privée qui gravitent autour de certains invests locaux. "Il n’y a sans doute pas de gaspillage dans l’octroi des fonds publics gérés par ces organismes. Mais que dire des frais de fonctionnement. ça, c’est un vrai gaspillage qui mérité davantage de synergie."

Quant à l’idée d’attirer les investisseurs privés au côté du public du sommet de la pyramide du fonds jusqu’aux projets individuels, nos témoins n’y croient qu’à moitié. Mais pas nécessairement pour les mêmes raisons. "Je viens de lever 3 millions d’euros. La Sowalfin s’est portée garante pour une part, ce qui facilite terriblement l’obtention de prêts bancaires. Mais il m’a fallu un an et demi pour convaincre des investisseurs privés, malgré un bon track record. Ils sont beaucoup plus difficiles que le public", confie Jean.

Pierre Rion pose la question autrement: "l’argent, qu’il soit public ou privé, ne manque pas nécessairement. Mais pour investir dans quoi? La Wallonie, peut-être à la différence de la Flandre, manque de projets à plus large échelle, avec des besoins de financement ou d’investissement de 100 millions et plus. Mais de tels projets, honnêtement, je n’en vois pas souvent. Lorsque cela arrivera, il sera toujours temps de se poser la question."

Politique

Une réforme en gestation… longue

Contacté par nos soins pour commenter ce volet de l’Appel des XI, le ministre wallon de l’Économie, Pierre-Yves Jeholet (MR), injoignable directement, nous a répondu par mail.

D’une manière générale, sur l’Appel des XI en lui-même, "il est sain et important que des personnes de la société civile s’expriment et si cela rejoint une de mes priorités, je ne peux que saluer l’initiative", affirme le ministre.

Quant à la problématique de la réforme des outils économiques régionaux, Jeholet rappelle qu’il a présenté une note d’orientation au Gouvernement il y a quelques mois et qu’il présentera sa réforme dans les prochaines semaines.

"Je souhaite renverser la logique qui a toujours prévalu jusqu’à présent. On ne constitue pas des organes et autres structures pour eux-mêmes. Le cœur du dispositif, ce sera l’entreprise et c’est à partir de ce postulat de départ que l’on doit redessiner une arborescence, une structurationdes outils."

Le projet de réforme s’articulerait autour de deux pôles avec des spécificités propres. "Chacun sait que l’on vit dans un monde complexe, en perpétuel changement, en particulier dans le monde économique. L’intelligence est de comprendre cette complexité et de disposer de l’agilité nécessaire pour s’y adapter en permanence."

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