chronique

Lettre à Bruno Dumont

Monsieur le réalisateur, Dites, non mais dites, ouske vous allez pêcher des idées comme ça?! Je parle de votre mini-série "Coincoin et les Z’inhumains". Ils sont extraordinairement extraterrestres vos extras sur Arte!

Planter ainsi dans le Nord de la France des personnages aussi atypiques et déjantés, une photographie atypique, des dialogues déjantés, des scènes incongrues, c’est stupéfiant. Le tout sur un pitch qui ferait fuir les plus férus de cinéma underground: c’est l’histoire de bouses gluantes qui tombent du ciel. C’est ahurissant parce que ça fonctionne, ça roule, ça déroule, ça déboule, ça dépote, ça transporte dans un ailleurs insoupçonné, dans une imagination débridée, hors des carcans et qui joue avec les cancans des qu’en-dira-t-on. D’aucuns disent que c’est complètement tapé, d’autres que c’est taper sur les gens du Nord. Ni l’un, ni l’autre, dans mon chef. J’y vois un miroir grossissant de chacun de nous, de notre société occidentale, un miroir façonné pour être déformant – comme ceux des fêtes foraines –, mieux vaut rire de nous, pauvres de nous, pour réfléchir à cette image qui nous est renvoyée.

Je dois vous avouer que jeudi soir je n’ai pas choisi de regarder votre "Coincoin". Moi, jeudi soir, j’ai dit "je m’occupe du vin, vous choisissez le programme". Et paf, je me suis retrouvée dans votre campagne borderline.

Je dois vous avouer que jeudi soir je n’ai pas choisi de regarder votre "Coincoin". Moi, jeudi soir, j’ai dit "je m’occupe du vin, vous choisissez le programme". Et paf, je me suis retrouvée dans votre campagne borderline. Les premières minutes, j’ai écarquillé les yeux et j’ai surtout pensé "diantre de sapristi (bon, là, je reformule, hein) j’aurais dû m’occuper du programme!". Pis hop, ferrée. Les zygomatiques éberlués par les zigzags de vos zigues inégalables.

"Coincoin et les Z’inhumains"

Mais où diable allez-vous chercher tout ça? L’imagination humaine est tout de même fascinante. C’est un fameux trésor (bon, je ne parle ici que de son côté glorieux. L’imagination humaine florissante, on en a aussi un bon échantillon au musée des instruments de torture à Gand…). Cette faculté humaine me subjuguait d’autant plus que jeudi soir, il me fallait trouver une idée pour le lendemain: à qui donc j’allais écrire ma lettre de la semaine, et pour lui dire quoi? Là, j’ai repensé à ce qu’avait dit un jour un copain graphiste (dont le métier est donc d’être créatif tous les jours). Il disait que les idées, fallait les laisser venir toutes seules. Que parfois, quand il bloquait sur un truc, il se couchait le soir en y pensant et le lendemain il avait une solution. Alors – vous me voyez venir – jeudi soir, je me suis couchée en pensant à mon idée à trouver. Et le lendemain, ô joie, je me suis réveillée avec… mal de crâne. Donc, non seulement pas d’idée, mais encore moins en l’état d’en trouver. Bah, au final, de cette sensation d’avoir la tête dans une de vos flaques gluantes, m’est venue l’idée de vous écrire. Comme quoi, Platon avait raison, les Idées ont leur propre monde…

Mais qu’est-ce que je voulais vous dire, déjà? Ben je n’sais plus. Pas grave.

Allez, un chti tchin-tchin pour Coincoin!

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