chronique

Lettre à Charles Michel

Monsieur le Premier ministre,

Il y a des semaines comme ça, des semaines de m****. C’est la loi des séries, le mauvais œil, la poisse, la bonne étoile qui s’est fait la malle. On théorise ça comme on veut, mais c’est un fait. On en connaît tous. Et là, vous avez eu, si je ne m’abuse, une semaine de m****.

Il y a, bien sûr, les résultats de votre parti aux élections communales. Des résultats "bof bof +" ou "bof bof -" selon qu’on soit optimiste patenté ou peu tenté par l’optimisme. Vous, ces résultats, ils ne vous ont pas fait monter le rose aux joues. Ah non. Entre vert de rage et rouge colère, vous aviez plus de bleus à l’âme qu’il n’y avait d’âmes en bleu… Du coup, volée de bois vert et verte envolée: tout ça c’est la faute aux médias. C’est parce que la RTBF a ouvert son JT de 19h30 avec un sujet sur le changement climatique que, le lendemain, les gens ont planté des bulletins Ecolo dans les urnes. Mépris des électeurs, mépris des médias, mépris des problèmes climatiques, le tout en une seule phrase. Les idées noires ne sont pas bonnes conseillères…

Par-dessus le marché, on vous a accusé de ne pas vous être investi dans cette campagne, de trop vous occuper des affaires extérieures, pas assez de l’intérieur, et cætera, et cætera. Bref, vous avez servi d’ingrédient dans la soupe post-électorale, la fameuse "à qui la faute". À cela on ajoute l’histoire du budget belge recalé par la Commission européenne. Mais qui en fait non ne l’est pas, l’Europe n’a pas encore pris de décision officielle mais elle a bien noté que le budget belge présente un risque de "déviation significative". Bref, catégorie "bof bof" là aussi. Et pour couronner le tout, les Diables rouges n’ont pas été foutus de gagner mardi soir face aux Pays-Bas. Vraiment, vraiment, semaine de m****.

Entre vert de rage et rouge colère, vous aviez plus de bleus à l’âme qu’il n’y avait d’âmes en bleu…

Enfin, vous avez, heureusement, réussi à vous changer les idées grâce au Brexit. Comme quoi, ce sommet du vide aura quand même servi à quelque chose. A vous parer d’un sourire, mercredi soir, quand vous étiez attablé dans une brasserie de la Grand-Place pour manger des frites et boire de la bière avec Angela Merkel, Emmanuel Macron et Xavier Bettel. Je suis sûre que ça vous aura remonté le moral car vos acolytes d’un soir, ils s’en coltinent en rafale des semaines de m****. Quand vous avez demandé "ça farte Angie?", elle vous a dit, entre deux goulées de bière, "oh Karl j’ai trop le seum, ça a été la bérézina en Bavière, t’as pas une autre Bush, bitte?".

"Et toi Manu, la patate?" (Wouhou bien vu le jeu de mots! Mais ça sent la fatigue, hein…) "Oh moi, moi, moi, je suis chagrin. Chagrin, chagrin. J’ai galéré plus encore qu’un DRH de Fukushima pour pourvoir le CDD au ministère de l’Intérieur, je suis fourbu", qu’il s’est épanché le président français, en profitant que Brigitte n’était pas là pour manger toute la mayo de ses frites. Enfin, j’imagine que c’était ça, dans les grandes lignes, votre conversation. Pour de vrai de vrai, c’est le Premier luxembourgeois qui a réglé l’addition pour fêter ses riants résultats électoraux de dimanche. De quoi étouffer votre "merci" dans un rire jaune…

Allez, courage, les semaines de m****, de moine, hein, celles où il faut y croire plus que jamais, ont toujours une fin.

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