chronique

Lettre à Cristiano Ronaldo

Monsieur le footballeur du Real Madrid,

Mais, mais, mais? Qu’a-t-on appris mardi? Que le fisc espagnol vous tombe dessus. Vous, le mec parfait: talentueux, beau, futé, riche, célèbre et charitable. Il vous soupçonne d’une fraude fiscale de quasi 15 millions d’euros. Quelle tache de boue sur votre minois tout lisse, quelle poche de cellulite sur vos abdos exhibés, quelle carie sur votre sourire nacré. Quand je pense à toutes ces années de maîtrise obsessionnelle de votre image… Jamais un poil qui dépasse, un bronzage permanent et homogène, des muscles dessinés, un sourire à la Ronald Reagan, des vêtements (civils, hein, parce que le maillot de foot ce n’est pas non plus l’ultra classe, d’ailleurs vous l’enlevez dès que vous pouvez) à la coupe irréprochable. Et puis tant de soins prodigués à votre "personal branding": vos bonnes œuvres, envers les gosses souvent, vos selfies en veux-tu en voilà, vos largesses envers votre famille, vos photos de père heureux, votre facette de businessman, votre zèle publicitaire, votre alimentation non-stop des réseaux en ligne. Vous vous surexposez, vous avez fait de vous une marque. Ca marchait du tonnerre. Et bardaf, c’est l’embardée! Vous salissez votre image… en dissimulant au fisc des revenus générés par les droits à l’image. Savoureuse ironie, dites.

Alors, d’abord, vous l’avez joué à votre image, irréprochable. Mercredi vous aviez ainsi "la conscience tranquille, toujours" disiez-vous, en souriant, bien sûr, aux journalistes. Jeudi, changement de stratégie. Vous avez dû recevoir un coup de fil de vos avocats… Parce que vous publiiez sur Instagram une photo de vous, index dressé devant la bouche, en légendant : "Parfois, la meilleure réponse c’est de se taire." Côté défense, vous pouvez essayer la technique "à l’insu de mon plein gré". Un cycliste français l’a brevetée en son temps. C’était pour une histoire de dopage, mais bon ce que vous avez, semble-t-il, tenté de faire c’est du dopage de portefeuille, hein. Genre, vous pouvez arguer qu’en faisant un selfie – de vous à moitié nu, cela va sans dire – votre smartphone est tombé sur vos crampons de foot et que ça a lancé un virement vers un compte d’épargne que vous aviez ouvert aux îles Vierges au cas où un tsunami emporterait votre garage bourré de Porsche, Ferrari, Lamborghini et tutti quanti. La preuve que vous gérez vos avoirs en bon père de famille et que toute cette histoire c’est juste la faute de votre huile sèche pour le corps qui a fait écran entre votre peau et votre mobile.

Espérons, pour tous ces gens qui vous acclament, que c’était une fausse manip’. Surtout pour ceux qui mettent de côté, semaine après semaine, pour aller vous voir jouer, pour vibrer, par procuration, de votre immense talent. Pour les gamins, que vous affectionnez tant, qui pourraient comprendre que le roi du football, le sportif le mieux payé du monde n’hésite pas à tricher pour avoir plus. C’est bien de faire des dons. Gros. Ostentatoires. À des organismes se préoccupant des enfants. Mais les impôts que l’on paie servent aussi à prendre soin des enfants, vous savez. C’est moins valorisant, peut-être, parce que c’est juste normal.

Mes salutations,

Cécile Berthaud

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