chronique

Lettre à Florence Porcel

Cécile Berthaud

Madame la Youtubeuse, Il y a quelques jours, vous avez annoncé que vous preniez cinq semaines de vacances, hors des réseaux d’internet. Alors pour qui n’est pas branché sur la vie sociale du net, cette annonce fait lever un sourcil: quel est donc l’intérêt de proclamer avec tambour et discours que vous partez en vacances???

On est loin du phénomène paranormal, tout de même. Mais pour vos fans et les habitués de la vie en ligne, cinq semaines d’absence, c’est insensé, c’est comme signer son arrêt de mort. Loin des yeux, loin du cœur. Loin des réseaux, loin de la notoriété.

Vous avez construit votre réputation, votre assise, votre rôle social sur internet: vous avez [écrit, produit, réalisé, interprété, monté et] diffusé des vidéos sur YouTube dans lesquelles vous vulgarisez les sciences de l’univers et du spatial. Avec talent, avec exigence, avec succès. De capsules vidéo en capsules vidéo, vous avez étendu votre univers. Mais cette expansion du domaine de vos activités s’est faite à la vitesse de la lumière. Vous avez écrit quatre livres en 30 mois, donné des dizaines de conférences, participé à une myriade de salons et de tables rondes, écrit et interprété des vidéos pour d’autres, vous avez animé votre site, votre compte Twitter, votre page Facebook, et on doit oublier quelques astéroïdes de votre système "porcelaire" (néologisme issu du nom propre Porcel).

Tout ça c’est beau, impressionnant, valorisant. Mais vous n’êtes pas valorisée, au sens pécuniaire du terme. De votre suractivité vous ne tirez que des revenus en sursis. Vous dites que ces trois dernières années, vous avez bossé "100 heures par semaine, sans week-ends, sans jours fériés, sans vacances". Mais avec "l’angoisse permanente de trouver de quoi vivre" car ce que vous faites est peu ou pas rémunérateur. Les droits d’auteur, c’est de la poussière (d’étoile, mais de la poussière), dans la galaxie des événements (tables rondes, débats, etc.) quasi rien n’est rémunéré, et on sait qu’il est difficile de monétiser les vidéos. Vos revenus viennent de gros, mais rares, contrats (publicitaires), du crowdfunding de vos fans et d’un programme vidéo que vous faites pour une autre chaîne.

Alors, il y a quelques jours vous avez déclaré: "Je suis éreintée. J’aime profondément ce que je fais, je suis intimement convaincue que mon travail est utile à la société, je m’y épanouis, mais le ratio temps de travail/revenus n’a aucun sens." Vous prenez cinq semaines de vacances (grâce à un contrat inattendu), les premières depuis 10 ans, précisez-vous comme pour vous excuser.

De votre suractivité vous ne tirez que des revenus en sursis.

Bien sûr, vous n’êtes pas la seule à avoir des revenus incertains alors que vous travaillez beaucoup, c’est le lot de beaucoup de free-lances, d’indépendants et de startupers. Mais ce qui est utile avec votre annonce c’est qu’elle nous invite à regarder derrière l’image publique, médiatique. Célébrité a toujours rimé dans nos têtes avec pété de blé. Et on (re) découvre, comme une exoplanète, la célébrité "pauvre", en tout cas précaire.

Que vos vacances soient douces, mais surtout que l’après soit plus équilibré. Il y a bien assez d’étoiles filantes, vous savez.

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