chronique

Lettre à François Hollande

Cécile Berthaud

Monsieur le président de la République française,

Nous avons été voisins pendant cinq années. C’est beaucoup, c’est peu, chacun son point de vue. Quoi qu’il en soit, il serait discourtois de ma part de ne pas vous adresser mes adieux. Cela dit, je vous saurais gré de garder ce pli secret. La teneur du message n’est pas vraiment en phase avec l’air du temps, et si elle devait être rendue publique, ça me mettrait vachement mal, genre la te-hon.

Une journaliste ne devrait pas dire ça… mais je vous aime bien. Entendez-moi bien – je doute que le protocole consente à l’usage de l’impératif à votre égard, mais vous qui avez porté haut les couleurs du 49.3, n’êtes pas du genre à pinailler sur un tel détail, n’est-ce pas? Donc, entendez-moi bien, ce n’est pas vous, suprême fonctionnaire, que j’avoue bien aimer. C’est le personnage public. Celui qui, le jour de son investiture, le mardi 15 mai 2012, a enduré pluie battante et averse de grêle, sans broncher, et dont l’avion, frappé par la foudre, a dû faire demi-tour quatre minutes après le décollage. Votre impassibilité ne s’en est guère émue, et vous avez gagné Berlin, comme prévu.

De vous, je garde aussi l’image de votre cravate invariablement de travers. Je me permets d’interpréter cet acte manqué – vouloir satisfaire aux conventions, sans jamais y parvenir totalement – comme une synecdoque, je prends la partie pour le tout. Ce petit côté toujours un peu décalé, un peu nonchalant, un peu goguenard, malgré le costume présidentiel.

Cela étant, vous aviez bien dit que vous seriez un "président normal". Vous avez beaucoup d’humour, et un sens de la repartie qui me ravit, mais là, ce fut votre meilleure blague. "Normal." Quand, où avez-vous été dans la norme? Vous qui changez de copine en cours de mandat, vous qui apportez, en scooter, des croissants à votre élue, vous qui faites marcher, dans Paris, une soixantaine de chefs d’État et de gouvernement au lendemain d’attentats, vous qui amenez les très catholiques et les très conservateurs à défiler dans la rue alors que ce n’est pas vraiment leur premier réflexe, vous l’homme de gauche qui faites passer au forceps une "loi travail", vous qui ne vous présentez pas pour un second mandat, une première sous la Ve République, vous qui, l’air de rien, placez votre poulain à votre succession, vous qui avez une collection de surnoms à faire pâlir un scout – "capitaine de pédalo", "pépère", "Flanby", "Culbuto" et, le meilleur, "Guimauve le Conquérant".

Vous êtes un galet. Sur lequel tout glisse, même l’impopularité record. Toujours, vous arrondissez les angles. Avez-vous été un bon homme d’État? Chacun son avis. Mais vous avez été, sans conteste, un bonhomme d’État.

Je garde de vous l’optimisme et, au seuil de ces cinq années, je vous salue et vous souhaite le meilleur Monsieur Hollande-mains-qui-chantent.

Cécile Berthaud

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content