chronique

Lettre à Geneviève Zabré

A vous Madame la gagnante de "Ma thèse en 180 secondes".

Ce jeudi 27 septembre, c’était la finale internationale de ce concours tout fringant de jeunesse. Tout frais parce que pratiqué depuis six petites années en francophonie. Rafraîchissant parce qu’il dépoussière l’image qu’on peut avoir des scientifiques (inaccessibles, incompréhensibles, hautains et contents de l’être pour ne citer que quelques joyeuses étiquettes). "Ma thèse en 180 secondes", c’est pas sorcier, tout est dans le titre: des doctorants ont trois minutes pour expliquer les tenants et aboutissants de leur thèse dans un langage compréhensible par le profane. Et même plutôt dans une mini présentation bien envoyée, décalée, attrayante, voire amusante. En un mot: enthousiasmante.

Comme le candidat belge (de l’UCLouvain) rebondissait sur les principes du jeu Cluedo pour dissiper la brume de son "Étude des interactions entre cellules et virus de l’herpès à l’aide de la microscopie à force atomique". Un titre de thèse dont l’individu lambda comprend chacun des mots séparément (c’est déjà pas mal), mais pas la phrase. Ce qui donne à cet individu lambda la désagréable sensation d’être un lettré analphabète… Bon, en chopant un ou deux mots, on arrive en général à cerner si il ou elle va parler sociologie, médecine, physique…

Mais attention, roulement de tambour!, il y a aussi l’"Approche eulérienne de Hamilton-Jacobi par une méthode Galerkin discontinue en milieu hétérogène anisotrope. Application à l’imagerie sismique". Là, le neurone pédale dans la semoule: ça parle de Formule 1? De Rabbi Jacob? D’une méthode contraceptive? De la stratosphère? Des IRM? Ah "sismique"! ça doit toucher aux volcans, aux cailloux, genre géologie, non? Bon en fait, c’est de la géophysique et le Français a été plutôt éclairant puisqu’il a décroché le prix du public.

Geneviève Zabré ©Félix Imhof / Université de Lausanne

Mais vous, Madame Zabré, vous avez surpassé tout le monde. Parce que vous nous donnez l’impression qu’on pourrait le faire aussi – comme quand on regarde du patinage artistique et que ça a l’air trop facile le triple axel tellement les patineurs sourient en panoramique. Déjà, vous, vous avez un titre de thèse transparent comme un tube à essai: "Utilisation des plantes médicinales dans la lutte contre le méthane émis par les ruminants: cas des ovins". Et vous vous promenez tranquillement dans vos 180 secondes pour nous expliquer avec chaleur, rigueur et conviction les ressorts et l’intérêt de votre recherche.

Votre humour se niche au détour d’un mot, sans que vous l’appuyiez. Élégance, maîtrise, transmission, vous portez haut les valeurs de la vulgarisation. C’est encore un gros mot pour certains scientifiques. Soit. Il n’y a pas lieu que chaque scientifique soit un vulgarisateur, mais il est si crucial que de plus en plus maîtrisent cette compétence acrobatique pour que la science cesse d’être nébuleuse et distante; pour que les citoyens puissent entendre et comprendre les informations et les enjeux scientifiques.

Jeudi, la finale avait lieu en Suisse et Jacques Dubochet, le prix Nobel, suisse, de chimie 2017, est monté sur scène, expliquer ses recherches en 180 secondes. Tout un symbole. Toute une légitimation.

Mes joyeuses félicitations!

Cécile Berthaud

Finale internationale 2018 - Geneviève ZABRÉ

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