chronique

Lettre à Ievgenia Pastushenko

Cécile Berthaud

Madame la chercheuse contre le cancer,

Cette semaine, nous avons appris que vous avez fait une découverte monumentale. Je suis incapable de juger de l’importance d’une découverte scientifique, mais j’ai des repères qui me donnent une bonne indication: excitation des médias, présence de Cédric Blanpain, l’excellent directeur de votre labo, sur les plateaux télé, et bien sûr publication de votre travail dans la révérée revue scientifique "Nature". Grâce à tout ça, je suis en mesure de classer votre découverte dans la catégorie "Bien partie pour changer le monde", c’est celle qui précède la catégorie-Graal "Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité". Ce n’est pas méga scientifique comme classification, mais c’est méga anxiolytique. Ca me permet de comprendre le monde. Ou plus exactement d’avoir la sensation de le comprendre. Ce qui m’évite – jusqu’à présent – de gober des comprimés "Plus belle la vie".

Il est crucial de rendre visibles les femmes qui sont au top de la science. Parce qu’en Belgique il n’y a que 34% de chercheuses.

Votre but de recherche, à vous, c’est de savoir comment un cancer grandit. J’ai cru comprendre – mais écrivez-moi si je me trompe – que vous avez affiné la connaissance que l’on a des cellules composant une tumeur cancéreuse et surtout de celles qui prennent leurs cliques et leurs claques pour aller faire une métastase. Parce qu’en fait, on le sait depuis pas si longtemps, il y a différentes sortes de cellules dans une tumeur. Il y a, notamment, celles qui ont l’esprit de clan et qui restent dans la tumeur pour la faire grossir ("Toutes ensemble, toutes ensemble, ouais, ouais!"). Et puis il y a les mercenaires, des dures à cuire qui se barrent pour aller coloniser d’autres contrées ("On est chez nous, on est chez nous!"). C’est celles-là que vous avez chopées par la peau du cou et plaquées au sol pour leur faire cracher comment elles s’y prennent pour être mobiles et faire cette transition.

Bien sûr, vous n’avez pas fait tout cela seule, mais avec les chercheurs du "Cédric Blanpain Lab" de l’ULB et en partenariat avec l’hôpital Érasme et la KUL. Mais c’est vous, Ievgenia Pastushenko, qui avez eu l’idée de la démarche scientifique, originale, qui a conduit à cette découverte. Je voulais vous féliciter chaleureusement, bien sûr, mais aussi insister sur votre nom. Car il est, dans la couverture médiatique, un peu éclipsé par la célébrité du laboratoire et de Cédric Blanpain qui, de surcroît s’exprime en français, ce qui n’est pas votre cas, me semble-t-il. Mais il est crucial de rendre visibles les femmes qui sont au top de la science. Parce qu’en Belgique il n’y a que 34% de chercheuses. Remarquez, on fait bien mieux que l’Allemagne et ses 27% ou la France et ses 26%… Remarquez (bis), en sciences médicales elles sont majoritaires (53%). Mais plus on monte dans la hiérarchie, plus le pourcentage s’étiole. Or les filles, les ados ont besoin de modèles, besoin de savoir et de voir que la science n’est pas l’apanage des messieurs. D’ailleurs, dans le labo de Cédric Blanpain il y a trois quarts de femmes. Et ça lui réussit bien.

Merci à vous pour la science, pour la lutte contre le cancer et pour les filles.

Cécile Berthaud

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content