chronique

Lettre à Jean-Pascal van Ypersele

A vous, Monsieur le professeur de climatologie,

Il est des sensations – de notre époque – agréables. J’aime celle de me laisser porter sur la toile, le nez au vent, abandonnée aux aléas, comme Eole pousse de-ci de-là les akènes à aigrettes des pissenlits. Les petites graines volettent dans l’atmosphère. Je papillonne dans la twittosphère. Et il nous arrive, aux unes comme à l’autre, de tomber sur un terreau fertile. En début de semaine, j’ai atterri sur un tweet de Didier Reynders. J’ai capté les mots "sans langue de bois" qui, accolés au nom d’un représentant politique, ont mis en alerte mon système de veille: tout plein d’ampoules rouges (basse consommation, bien sûr) se sont mises à clignoter d’un coup. Mais en fait, c’est vous et votre présentation à la Grande Conférence Catholique du 5 mai que Didier Reynders qualifiait de "sans langue de bois".

Je vous avoue que j’ai d’abord accusé une petite déception. Puis j’ai vu le titre de votre présentation: "Changements climatiques, pollution de l’air: 10 constats et 10 éléments de solution". "Solution" ça me tentait bien. Les listes en 10 points, ça m’a hameçonné le neurone qui, sur Twitter, est quand même souvent en mode feignasse. Et enfin, je me suis dit, mais faisons confiance à notre ministre des Affaires étrangères. En matière de climat et d’environnement il est tout de même une source fiable d’information. C’est lui qui a une longue tradition de point météo sur son compte Twitter (quoiqu’il a bien perdu en régularité), et il poste parfois des photos de nature. Pis, il s’est installé à Uccle il y a six ans pour mettre fin à ses trajets quotidiens Liège-Bruxelles hyper polluants, non?

Auto-convaincue par ces arguments massue, j’ai lu votre présentation sous forme de "slides". "Sans langue de bois", mais avec une branche dans la tronche, vous savez comme quand on avance en file et que celui en tête écarte une branche de son passage et que toi, derrière, tu te la prends. Sans ménagement, vous alignez les faits en partant des plus basiques (vous commencez par 1 – Il n’y a pas de planète B), et les pistes de solution sans égard pour les âmes sensibles (il faut "réduire la priorité donnée trop longtemps à l’automobile dans l’aménagement du territoire" – combien d’étranglements et de crises cardiaques suite à cette phrase?). Vous optez pour un langage extrêmement simple, clair, à l’opposé du scientifique enfermé dans sa tour d’ivoire au jargon en béton et à l’élocution en expansion. Vous dites (je résume): la couche protectrice de la planète est fine et fragile, on la pourrit, on court à notre perte. Pour vous, on devrait "tous se sentir aussi concernés que si nous étions en guerre, ou engagés dans une course pour la vie".

Les aléas de Twitter étant ce qu’ils sont, je tombe peu après sur les propos d’un monsieur scandalisé de voir les agents de la mairie (ça se passe à Paris) coller 70 euros d’amende à quelqu’un ayant écrasé son mégot par terre. "Sommes-nous encore un pays libre?" demande-t-il. Ben c’est vrai ça, et la liberté de polluer, la liberté de n’en avoir rien à foutre de rien, la liberté de pourrir la vie des autres, y avez-vous pensé monsieur le professeur?

#yaduboulot

Cécile Berthaud

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