chronique

Lettre à ma charge mentale

Cécile Berthaud

Salut cocotte, ben tu sais, tu ne m’as pas manqué toi...

Pendant mes vacances, ma plus grande préoccupation c’était: "qu’est-ce qu’on va manger?". Les jours de grande ambition, je me risquais à un "mais où va-t-on aller se promener?". Ce qui est, en période d’encéphalogramme plat engraissé à la crème solaire ou glacée, un vé-ri-ta-ble pro-jet. Avec objectif, moyens à déployer pour l’atteindre, temps imparti, évaluation des ressources humaines, techniques, énergétiques, élaboration des plans B, C et D en fonction des variables climatiques, schémas de situation de crise en fonction des variables non ajustables (oubli de doudou, rupture de stock de BN, égarement dans la pampa, chute d’un membre de l’équipage dans un fossé, une fosse aux lions, une fosse à purin, bref faut s’tirer d’ici, on n’est pas des Fosbury), management de la décision collective, répartition des tâches, motivation des troupes. OK, je ne me coltinais pas de fichier Excel, de présentation PowerPoint, de Google Docs partagés, de pitchs enflammés, de litanie de courriels, de notifications Slack, mais le choix stratégique de "on va à Pêche-les-Dunes ou à Coinche-sur-Plage?" restait une dé-ci-sion à prendre. Autant dire que dans la grève générale de mes neurones – que l’administration appelle "congés payés" – la promenade s’est généralement réduite à "aller au marché" pour répondre à la préoccupation unique du "qu’est-ce qu’on va manger?". Ce n’est pas pour me vanter, mais cette stratégie était d’une efficacité remarquable.

Pendant mes vacances, les jours de grande ambition, je me risquais à un "mais où va-t-on aller se promener?". Ce qui est, en période d’encéphalogramme plat engraissé à la crème solaire ou glacée, un vé-ri-ta-ble pro-jet.

Mais voilà que cette magnifique architecture d’entreprise – d’un exquis minimalisme – va se prendre, comme d’hab’, le séisme de la rentrée dans la façade. Un peu comme si le type qui a inventé les HLM voulait faire rentrer tous ses clapiers à lapins dans cette superbe architecture du vide. La rentrée… Ce gros boulet rouge qui vient empêcher de faire les choses l’une après l’autre pour obliger à les faire toutes en même temps. La rentrée… Le grand signal de la reprise des listes de choses faire, à acheter, à penser, à organiser, à planifier, à commander, qui se doublent très vite de la liste des priorités "ultra prioritaires", "prioritaires", "à faire absolument", doublée elle aussi très vite de la liste des échéances. Pour être plus efficace, voici venue la liste des regroupements de choses à faire (réunion avec partenaires au centre-ville – en profiter pour caler un déjeuner avec client X ultra prioritaire – à combiner avec passer au magasin de musique, justement situé dans le centre-ville, acheter les partitions nécessaires au cadet, prendre des ampoules au magasin express parce que celle de la salle de bain a pété, appeler papy en faisant la file à la caisse voir s’il peut passer prendre l’aînée samedi matin pour l’emmener s’acheter de nouvelles bottes d’équitation, envoyer un e-mail à collaborateur C dans les toilettes du resto, et finalement serrer la main de client X en comptabilisant le retard accumulé-il va falloir appeler la baby-sitter-et passer au distributeur pour payer son heure sup’ non thésaurisée).

Oui ma charge mentale, grâce à la rentrée, je vais retrouver cette sensation haïe que mon cerveau est une décharge. Pleine de listes qui s’y déversent, s’emboutissent les unes les autres et larguent leur remugle.

Listes, listes, listes. Crèves-en toute seule de ta listériose (par encéphalite, tant qu’à faire).

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