chronique

Lettre à Saint-Nicolas

Cher Grand Saint, puisque tu prêtes oreille aux doléances, puisque tu lis les listes d’espérances, je me permets d’apporter ma lettre à l’artifice.

Ce qui m’enchanterait, ce n’est pas une voiture – essence ou électrique –, ce n’est pas un voyage lointain et exotique, ce n’est pas un manteau long et chic, ce n’est pas un massage ayurvédique, ce n’est pas un saut à l’élastique. Ce qui me comblerait, ce dont je rêve nuit et jour, et surtout le jour, tous les jours, du matin au soir, d’heures en secondes, c’est de temps.

Du temps, oh oui… Mais attention, pas n’importe quel temps. Pas du temps pour [mon patron, passe à l’article d’à côté, il est très, très bien tu sais] travailler plus, pas du temps pour [marketeur, la promo Black Friday, elle est sur l’article d’à côté tu sais] consommer plus, pas du temps pour [Mark Zuckerberg, l’article sponsorisé c’est celui d’à côté you know] zoner plus sur Facebook. Non, pas du temps pour faire plus. Mais du temps pour être. Pas du temps qui me remplit, mais du temps qui me comble.

Je voudrais, plus souvent, passer de la Terre à l’éther, de la toile aux étoiles, des pâquerettes aux comètes.

Du temps qui, lorsque je ne dors pas, je ne travaille pas, je ne m’occupe pas de ma famille, soit d’une autre matière que celle, râpeuse, des listes de tâches à faire, des agendas à organiser, des cubes à faire rentrer dans des trous manifestement circulaires. Du temps d’esprit libre, errant, vagabondant, observant, d’où puisse surgir de l’imagination, de la créativité, de la réflexion.

Grand Saint, depuis ton immortalité, tu ne t’en rends peut-être pas compte, mais le temps file. Le temps passe. Aurais-tu dans ton sac un tour de passe-passe pour me filer un passe-partout, non pas pour ouvrir la porte du passé, ni celle du futur, mais pour me faufiler dans tous les instants du présent qui défilent de fils d’actu en files de caisse, de fil à retordre en filouteries; qui passent et trépassent dans la passoire passablement pleine de post-it, qui passent à la trappe des passe-temps bien-pensants, des passions bien pansues.

Je voudrais passer du temps avec mes enfants. Passer du temps avec mes parents. Je voudrais passer du temps les mains dans les poches. Que tu déverses du temps de ta sacoche. Je voudrais, plus souvent, passer de la Terre à l’éther, de la toile aux étoiles, des pâquerettes aux comètes.

À me relire, je sens bien que j’ai lu, cette semaine, trop d’interviews du mec solaire, du Claude Solaar qui impulse des rêves sans hydrocarbure, à la Bertrand Piccard, qui s’est pris dix ans de bonus track, un crédit-temps XXL, dix ans d’instants en vrac qu’il a ramassés à la pelle. Il s’est arraché, a remis le pied à l’étrier pour nous livrer un CD prêt à emballer. Mais toi, Grand Saint, c’est chaque année que tu reviens avec ton poney. Ah non, misère, pas d’impair! C’est un âne qui t’accompagne. Ce n’est pas le moment, "croix-moi", de changer ce qui est à toi.

Avec mes pensées romantiques,

Cécile Berthaud

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