chronique

Lettre à Thomas Pesquet

Monsieur l’Astronaute de la mission Proxima,

Avec le nombre de cartes postales que vous avez envoyées depuis six mois, je suis bien confuse de ne vous répondre que maintenant. Alors que vous êtes de retour. Votre exquise politesse vous gardera bien de me le reprocher, mais sentez-vous libre de le penser. Il faut vraiment le souligner, vous êtes d’un savoir-vivre inouï®. Quand on vous demande quel a été votre meilleur souvenir de cette mission spatiale, on sait tous, c’est une évidence, que c’est votre première sortie dans l’espace. Mais vous, gentilhomme qui s’acquitte de sa bonne éducation rubis sur l’ongle, vous répondez: "C’est tout bêtement la camaraderie qu’on a ici, le travail en équipe, on est vraiment tous ensemble à tirer dans une même direction. Le symbole, c’est la table où on se réunit pour dîner tous ensemble […]" Et, après, vous citez votre sortie en scaphandre que vous qualifiez "d’un peu magique". Le dîner entre collègues élu meilleur souvenir devant la sortie dans l’espace… Ca ne me regarde de toute façon pas, mais je préfère ne pas savoir pour qui vous avez voté à la présidentielle française!

Pardonnez-moi, je m’emporte et j’en deviens désagréable. Alors que tout communicant fait un jour ou l’autre une erreur, c’est humain, c’est tout. Et pour le reste, vous avez fait le job à la perfection: photos quotidiennes, vidéos, chroniques, compilations musicales, concours d’écriture, partenariats, interviews, blagounettes, pédagogie. Un dircom au profil idéal: allure de bon copain pour les plus jeunes et de fils prodige pour les moins jeunes. Toujours poli, toujours souriant, toujours premier degré, toujours enthousiaste. Même lorsque vous racontez qu’il vous a fallu, à votre arrivée dans la station, réparer les toilettes, votre air affligé est très léger.

©AFP

Pardonnez-moi encore, vous n’y êtes pour rien, mais à cause de vous, ça fait dix jours qu’on se tape les articles, reportages, sujets de médias ou de conversation sur "le monde que va trouver Thomas Pesquet à son retour". Comme si, parce que vous étiez le plus éloigné de la Terre, vous étiez le moins bien informé. Alors que vous étiez l’un des plus connectés de nous tous. Et avec vos téléobjectifs de dingue – vos photos sont impressionnantes – vous avez peut-être même vu l’élection de Donald Trump avant les Russes.

Enfin, venons-en au point qui me taraude. Pourquoi on encapsule pendant six mois, très loin de nous, un super chouette gars, tandis qu’on garde près de nous des Ostrogoths vitupérant? Avec votre collègue, vous venez de libérer deux places là-haut. Si c’est pour réparer des toilettes et faire pousser trois salades, il me semble qu’un Donald Trump et un Cyril Hanouna feront très bien l’affaire. Il faudra juste bien veiller à leur couper la connexion internet, par contre.

En vous souhaitant, cordialement, un bon et serein retour sur Terre,

Cécile Berthaud

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