chronique

Lettre au pape

Cécile Berthaud

François,

Quelle semaine, mais quelle semaine vous venez de signer. Par Toutatis, quelles dérouillées vous avez envoyées à droite, à gauche en quelques jours. Vous avez reçu l’album "Astérix et la transitalique" avec une fiole de potion de Panoramix? Ou bien c’était la Semaine internationale de la contrariété que vous avez allègrement honorée?

En trois jours, vous avez interdit la vente de cigarettes dans le magasin détaxé du Vatican, vous avez maugréé vertement contre ces fichus téléphones portables qui pourrissent vos messes, vous avez nommé deux femmes dans un ministère du Vatican (on dit “dicastère”, par chez vous), vous avez rencontré le grand imam d’Al-Azhar. Autant tout cela peut plaire à certains, autant cela va en faire enrager d’autres.

Vous avez donc décidé qu’il n’y aurait plus de cigarettes dans le magasin détaxé auquel ont accès les employés du Vatican. Ce qui représentera un manque à gagner. Mais "aucun profit ne peut être légitime s’il met des vies en danger", a argumenté l’un de vos porte-paroles, rappelant que le tabac fait plus de sept millions de morts chaque année dans le monde, d’après l’Organisation mondiale de la santé.

C’est une décision forte et courageuse. Et je le pense sincèrement, mais je dois confesser que le petit diable cynique dans ma tête se demande ce qu’il va rester dans les magasins, si on en ôte les produits mettant des vies en danger: BPA, glyphosate, essence, T-shirts du Bangladesh, livres d’Alain Soral, toile peinte par Britney Spears (si, si je vous assure. Partie à 10.000 dollars. Pour une bonne cause, Dieu soit loué. Le monsieur avait même l’air heureux de son achat. Comme quoi, les miracles existent. Pour de vrai.).

Je vous rejoins aussi sur les téléphones portables dégainés à tout-va pour photographier les événements mémorables (qui se multiplient comme des petits pains depuis qu’on a des smartphones, ça va de la photo de son burger Quick au concert de l’hologramme de Dalida. Cela dit, dans ce dernier cas, une résurrection, ça vaut bien un cliché).

Pendant votre messe hebdomadaire, place Saint-Pierre, apparemment ça y va, des fidèles en passant par les prêtres et même les évêques. Vous en aviez ras la calotte, alors avec un sens de la formule proche de l’humour, vous avez lancé, au moment où le prêtre déclare "élevons notre cœur", "il ne dit pas ‘élevons nos téléphones pour prendre la photo’". "La messe n’est pas un spectacle", avez-vous ajouté. Et là, la voix de mon petit diable revient me susurrer que si dans le fond ça n’en est pas un, dans la forme, oui tout de même.

Avec deux femmes nommées dans un dicastère (il n’y en avait eu que trois à ce niveau-là de responsabilité dans toute l’histoire du Vatican) et la rencontre avec l’imam, ajoutons l’ouverture à la béatification de Jean-Paul Ier, tout cela fait un fameux flot d’informations en peu de jours. Juste quand sort ce livre évoquant de présumés abus sexuels au Vatican. C’est parfaitement orthodoxe comme technique de communication, me souffle mon bavard de petit diable.

Respectueusement,

Cécile Berthaud

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