chronique

Lettre aux buveurs en tout genre

Chères et chers consommateurs de boissons quelles qu’elles soient,

Pour cette lettre, je n’ai pas trempé ma plume dans le vitriol, ni dans un vin aigre, ni dans une bière acide, et même pas dans un tonic amer. Non, juste dans de l’eau, ce qui n’en fait pas, espérons, une plume de poule mouillée. Mais l’eau plate me ferait prendre le risque, ça coule de source, de la platitude, alors soyons fous et osons l’eau pétillante. Aromatisée? Non, j’ai dit fous, pas punk-destroy-disruptifs, hein.

Bon, les astres s’étaient plutôt bien alignés pour moi ces derniers jours. J’avais miraculeusement – grâce à ma fiole d’eau bénite, sans doute – échappé à LA question de fin janvier au plat pays: "Tu fais la Tournée minérale, toi?" Jusqu’à ce fatidique vendredi 2 février. Les astres, comme un lendemain de veille, n’avaient plus rien d’aligné et le désastre s’est abattu comme le déluge. Oh, je pousse le bouchon un peu loin. Disons comme une douche froide. Ce matin du 2 février, Collègue me pose LA question. Silence sur le plateau, toutes les têtes alentours se lèvent pour guetter la réponse. Heureusement à 9h, dans la rédaction d’un canard il n’y a pas beaucoup de monde dans la mare.

Mais là, gros, gros stress. Je réponds quoi? "Non, je ne la fais pas"? Et je passe pour une égoïste, mâtinée alcoolique, pas tendance, et pleutre. Une fille qui n’aurait ni force ni volonté, qui ne participe pas aux challenges de la cool attitude, qui a be-soin d’alcool pour avoir une vie sociale, et qui ne se secoue même pas un peu la léthargie pour la Fondation contre le cancer. Ca ne fait pas un joli portrait à l’aquarelle, l’eau boueuse.

Je réponds "Oui, je la fais la Tournée minérale"? Et je m’affiche comme rabat-joie, suiveuse, moralisatrice, hygiéniste. Une fille partisane des injonctions à bien manger, bien bouger, bien dormir, une fille qui condamne par contumace tous ceux qui mangent mal, boivent trop, se couchent tard et ne donnent pas aux justes causes, une brebis qui suit le troupeau à chaque nouveau concept, la fille qui va saouler tous les autres dans les soirées avec les vertus de son verre d’eau-rondelle de citron-trois myrtilles-paille. Ca ne fait pas un joli portrait à l’aquarelle non plus, l’eau pure garantie sans impuretés dedans.

La Tournée minérale est clivante. Non pas qu’on soit pour ou contre. On ne peut pas être contre une récolte de fonds pour la Fondation contre le cancer. Mais on la fait ou on ne la fait pas. Et on en tire une fierté des deux côtés. Celle de s’engager ou celle de se soustraire à l’ambiance "police de la saine vie".

Perso, j’ai mon joker qui fait pschitt pour désamorcer les tensions de "tu la fais ou tu ne la fais pas?" Avec deux grossesses au compteur, j’ai 18 mois sans alcool en stock et donc 18 Tournées minérales d’avance.

Sur ce, quel que soit votre choix, de l’eau culte à l’occulte, santé !

Cécile Berthaud

©REUTERS

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