chronique

Lettre aux cheminots français

Cécile Berthaud

À vous qui ne voulez pas prendre le train En Marche,

C’est fou, c’est inattendu, c’est inédit ce plan diabolique que vous avez concocté pour manifester votre contrariété face au plan stratégique (vous être libres d’interchanger les qualificatifs "diabolique" et "stratégique") du gouvernement français pour l’avenir de la SNCF. Que vous fassiez grève, ça, ce n’est pas inédit et encore moins inattendu. Les relations entre la SNCF et les membres de son personnel ont toujours été toniques. C’est comme ces voisins du dessus ou du dessous habitués des disputes. À coup de cris, de bris ou de portes qui claquent. L’intensité varie, mais la régularité est immuable. Et ça finit par faire partie du paysage. Tous les six mois les voisins braient. Tous les ans les cheminots débraient. Au point qu’on se demandait quel impact pouvaient encore avoir les piquets de grève du rail. Vous avez dû en venir aux mêmes constatations. Du coup, comment faire pour taper fort, pour signifier que, là, on pousse le wagon un peu trop loin?

Les publicitaires sont confrontés aux mêmes tourments: comment faire pour qu’un même message ait toujours plus d’impact? Pour que "la poudre à lessiver lave le linge" interpelle, à chaque fois, de nouveau. Et alors ils inventent des concepts auxquels personne n’avait encore pensé, genre "laver plus blanc que blanc". Un truc de fou, inattendu, inédit, en un mot tendance comme pas deux: dis-rup-tif.

Et vous, travailleuses et travailleurs auprès de cette Société nationale des chemins de fer français, de cette dame de 80 ans, vous inventez un nouveau concept de grève. C’est méga disruptif et personne ne salue cette compétence pourtant hyper recherchée en ce moment. En plus, vous créez du neuf (avec du vieux, ce qui est encore mieux), vous osez entreprendre des actions sans précédent, vous êtes collaboratifs pour monter vos projets, vous êtes motivés et déterminés, vous allez au-devant du challenge: vous êtes les collaborateurs que tout le monde s’arrache, des start-ups aux boîtes d’audit! Vous êtes même, typiquement, le profil en vogue dans les équipes d’Emmanuel Macron. État de fait que ne semble pas voir le gouvernement français, votre patron Guillaume Pepy, ni la moitié des Français, tous passablement énervés par votre élan rupturiste.

C’est le comble. C’est injuste. Mais c’est le lot des précurseurs, talents incompris et donc non repérés, voire même rejetés, "Vade retro syndicats!"

Votre concept de grève étalée sur trois mois avec deux jours d’arrêt de travail sur cinq est même tellement novateur qu’il n’a pas de nom. Les médias ont parlé de grève perlée et de grève tournante avant de se raviser car ça ne correspond pas. Monsieur Pepy a, lui, opté pour le terme "grève intermittente". BFM TV a lancé pas moins de 11 propositions sur son site web, dont "grève en giboulée" ou "grève en pointillé". Je propose aussi "grève en compartiment".

En saluant votre savoir-fer,

Cécile Berthaud

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content