chronique

Lettre aux commères

Cécile Berthaud

Salut les hyènes, Dites, vos rires sardoniques, grinçants, gras ressemblent de plus en plus à ceux des émissions de télé: automatisés, répétitifs et insupportables. Je n’en peux plus de votre boucan.

Vous donnez à la moindre peccadille un retentissement médiatique inouï. Theresa May, la Première ministre britannique, ne sait pas danser. OK. OK, OK, OK, c’est sûr qu’on peut se pousser du coude, à la machine à café, en se disant "t’as vu, roooh la la, la gêne!". Et c’est sûr qu’elle aurait mieux fait de s’abstenir, elle n’est manifestement pas dans son élément. Et alors, quel foin sur les réseaux sociaux! Cela dit, passe encore. On sait que les réseaux sont une immense machine à café. Mais que ce soit repris par la presse de qualité, pitié. Même mon chéri et respecté Guardian s’y est adonné… Il n’y a donc plus aucun média qui échappe à l’enfer de la non-information. Parce que, où est l’information dans "Theresa May ne sait vraiment, vraiment pas danser"? Est-ce que savoir danser est une compétence qu’une Première ministre doit maîtriser? Non. So what? On rigole vite fait et on passe à autre chose. On ne va pas tartiner sur le sujet. Et pareil pour Macron et sa tête quand il boit un café finlandais, pour Trump et l’épisode perruque ou pas perruque.

Et quand vous ne riez pas en meute, vous retroussez les babines pour montrer vos crocs: c’est la piscine de Macron, c’est "l’état de grâce" de Léa Salamé, c’est ci, c’est ça et c’est tous les deux jours.

On tombe à bras raccourcis sur l’un ou sur l’autre, dans des révoltes faciles et pas chères. Les promos 2 + 1 gratuite sont légion. J’en ai ras le bol du bruit sur l’anecdotique. Je suis en burn out du charivari. Il va me falloir des retraites répétées dans des abbayes, des remorques de boules Quiès, des paniers d’œillères pour me concentrer sur l’essentiel. Alors je vous écris pour voir comment on s’arrange. Le concept pollueur, payeur, ça vous parle? Vu que vous me polluez l’espace médiatique, je vous propose de faire un ramdam autour d’un crowdfunding pour financer ma dose vitale de retraite à l’abbaye d’Orval, de Maredsous ou de Brialmont.

Bon, comprenez-moi bien, ce n’est pas que je fustige la diffusion des nouvelles anecdotiques, mais c’est la place qu’elles prennent qui devient grotesque. Et leur fréquence. Quelle énergie, quel temps, quel papier, quels serveurs utilisés pour polémiquer sur l’anecdotique, alors que les enjeux vitaux ont droit à des murmures.

Ce temps que je passe à trier la masse d’infos qui m’arrive m’épuise. À ce train, les réseaux auront ma peau. Je suis à deux doigts de quitter Twitter.

Sauf que l’article que je viens de faire (sur les climatologues, publié ce jour), l’idée m’en est venue via… Twitter. Misère!

Dites, les hyènes, vous ne vous feriez pas un petit détartrage histoire de retrouver le brillant de la pertinence?

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