chronique

Lettre aux Diables Rouges

Cécile Berthaud

Chers mes Diables Rouges,

Donner du "cher", donner du "mes", c’est contraire à mes habitudes, mais que voulez-vous, j’ai une petite tendresse pour vous depuis que j’ai commenté votre dernier Euro et votre dernière Coupe du monde. Je sais juste que le ballon est rond, le terrain rectangle et l’arbitre vendu. J’ai déjà oublié le nom de votre ancien entraîneur, la position à laquelle vous avez terminé, mais pas les frissons dans le stade et la pétillance de ces quelques semaines-là. Il en reste une petite affinité. À sens unique. Je sais bien. Stupide. Je sais bien. Bon, je n’en suis pas non plus à avoir des posters de vous chez moi. Mais quand je vous ai vus trôner sur les affiches publicitaires de mon quartier, une flammèche s’est allumée dans mes yeux. Voir des hommes resplendissant de vitalité, grand sourire, en tenue de sport quand j’attends le tram sous le crachin, je dois bien dire que j’aime, je like, je plussoie. Il n’est pas impossible, même, que je réponds à votre sourire d’affiche.

Tout à ma contemplation, j’ai mis plusieurs jours à percevoir ce que vous communiquez. Vous voulez que vos fans créent votre mascotte. Parce que vous n’en avez pas. Parce que, Diables de joueurs, vos esquisses de mascottes sont de l’ordre du gribouillis. Mais que c’est mignon! De grands enfants qui rient de leurs craboutchas et font appel à leurs fans bien plus doués qu’eux. Chacun son talent. On vous régale du nôtre, donnez-nous un peu du vôtre, dites-vous en filigrane. Et donner, c’est bien le mot. Les gars, vous me faites monter le rouge maillot aux joues. Dans ce milieu qui transpire autant d’argent que de sueur, où le merchandising génère des millions d’euros, on fait appel aux gentils fans tout énamourés pour dessiner un emblème. Gratuitement. Le lauréat ou la lauréate aura l’inénarrable honneur de vous rencontrer et sera gratifié d’un ticket duo pour tous vos matches à domicile en 2018. Ca va, hein, ce n’est pas trop cher payé la mascotte qui fera fructifier le merchandising avec toutes sortes d’objets à son effigie. Le devis de l’agence d’identité visuelle devait être un tantinet plus corsé, non? Il va sans dire que le lauréat, la lauréate devra céder tous ses droits de propriété intellectuelle sur sa création et renoncer à son droit de revendiquer la paternité de la mascotte. Autrement dit, "tu nous serres la paluche, tu fais ton selfie, tu es bien content de venir voir nos matches et ciao bonsoir!". 

Bien sûr, vous n’êtes pas les auteurs de cette décision. Mais vous trouvez normal que dans cette opération marketing, tout le monde va toucher de l’argent, sauf le fan pigeonné? Votre staff va peut-être dire que je suis mauvais esprit, qu’il s’agit là de fédérer des fans autour de vous, de les impliquer dans la vie de leur équipe, de créer un élan, de donner un air de fête, un esprit bon enfant. De vivre ensemble une même passion. Mais dites les gars, vous, sur le terrain, vous courrez juste par passion?

Cécile Berthaud

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