chronique

Lettre aux futurs parents

Chers et chères nullipares, cela ne vous aura pas échappé, on est en fait à une période toute proche de la période des fêtes. De cet intermède presque musical où les percussions vont de la grosse caisse des accolades à la cymbale des bisous "smack, smack", où tintinnabulent les verres à bulles et les cloches (de l’église ou de la belle-doche, on vous laisse seul juge), où l’on entonne les vieilles rengaines familiales et "Les copains d’abord", où l’on commence toujours pianissimo pour finir par courir à quatre pattes derrière le point d’orgue.

Ce moment de rassemblement, de réchauffement des relations, d’embrasement alimenté par les liqueurs, ce moment où l’on se laisse être la proie de l’attendrissement devant tant de jolis tableaux, la bouche en cœur. Cet instant où l’œil ému par le petit neveu qui déballe ses cadeaux tout émerveillé fait remonter une information au cerveau: tu peux le faire aussi. Et dans la tiédeur de la trêve des confiseurs, se dire qu’on rêve aussi d’être parents. Et sans besoin du moindre teaser, envoyer valser tous les moyens anti-enfantement.

C’est là, maintenant, précisément, que je vous suggère d’appuyer sur "pause" dans cette projection. Et tant que vous avez la tête froide, tant que vous maugréez d’avoir à arpenter les centres commerciaux archi-bourrés, tant que votre pile de dossiers à finir avant la fin de l’année met la distance Terre-lune entre votre moitié et vous, prenez le temps de réfléchir.

Vous aimez rentrer le soir et décompresser avec un petit verre ou un petit bain? Oubliez. Vous rentrerez de la crèche avec le lardon qui ne voudra qu’une seule chose: que vous lui prouviez votre attachement. Ne le sous-estimez pas. Il s’égosillera jusqu’à satisfaction.

Vous trouvez fondamental d’avoir l’air d’un winner au travail – dynamisme infaillible, teint resplendissant de santé, regard perçant? Oubliez. Vous aurez des cernes larges comme des pneus de camion. Vous aurez le teint blafard car les nuits blanches déteignent, oui. Vous n’aurez plus d’énergie à revendre, au contraire vous chercherez à en acheter. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que les allocations familiales ont été créées pour compenser la hausse spectaculaire du budget café (pour les plus sages. Passons sous silence les autres substances.).

Vous vibrez par les sorties imprévues, les visites à l’improviste, les décisions sur un coup de tête? Oubliez. Le moindre pas hors de chez vous vous demandera la même préparation que le pas d’Armstrong sur la lune. À une différence près: vous n’aurez pas les équipes de la Nasa en back-office.

Vous exécrer répéter deux fois la même chose? Oubliez. Cinq fois, c’est le minimum pour être entendu. Dix fois, pour être capté. Et une onzième fois en criant pour que ça se fasse.

Vous êtes convaincu qu’on n’a rien sans rien, que l’effort est une valeur noble, qu’on apprend en faisant, qu’on est capable de s’adapter à tout, que se découvrir soi-même sous des jours méconnus est une école de vie? Vous aimez accompagner, épauler, contempler? Vous aimez aimer? Alors, joyeuses fêtes!

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