chronique

Lettre aux Parisiens

Cécile Berthaud

À vous toutes et tous, sans distinction d’arrondissement ni d’intra ou d’extra-muros,

La neige, c’est fou, ça rend tout sympa. Même les trottoirs dégueu. Même les Parisiens. N’y voyez pas d’analogie, bien que j’en convienne, la formulation est maladroite. C’est que je n’ai pas le temps de m’appesantir sur les tournures de phrases. La neige s’abat maintenant sur la Belgique et je voudrais avoir terminé d’écrire cette lettre avant que tout ne soit paralysé par quatre millimètres de terrifiante poudreuse. Chacun son tour, me direz-vous, rira bien qui rira le dernier. Vous avez raison. En attendant, avec cette semaine de météo francilienne épique, j’ai quand même bien ri. Voir des skieurs s’envoyer les 130 mètres de dénivelé des hauteurs de Montmartre, ça égaie le train-train quotidien. Et quand la boutade est doublée d’un sweat-shirt "Montmartre ski club", je ris franchement. J’ai même appris quels étaient les meilleurs spots pour skier à Paris: la rue du Chevalier-de-La-Barre et les Buttes-Chaumont. Et pour parfaire le tout, certains ont même fourni des plans des pistes de Paris.

La neige, c’est fou, ça rend tout sympa. Même les trottoirs dégueu. Même les Parisiens.

De la neige, moi je prends le bon côté. C’est comme pour tout, il y a plusieurs camps. Celui des râleurs et celui des rieurs. Je compatis toutefois profondément avec les coccyx douloureux, les chevilles foulées, les hanches brisées. Mais grâce à la neige, on a pu (re) découvrir une de vos facettes méconnues: le Parisien qui rit. Parce que le Parisien qui râle, ça, neige ou pas neige, on connaît. Votre réputation vous précède, je ne vous apprends rien. Mais le Parisien hilare, espiègle, badin, proche même parfois de l’autodérision, nous est bien moins familier. C’est bon quand même, quand Maître Eolas (avocat du barreau de Paris aux 339.000 followers sur Twitter) tweete la photo d’un message qu’il a reçu et disant: "C’est bon les Parisiens. On parle entre avocats de région. Allez pelleter la neige." En commentant "Le coup est rude, mais régulier."Ou quand Chere.e Journal.e, sur Twitter toujours et depuis Montréal, balance: "C’est incroyable comment, quand il se passe une situation exceptionnelle comme la neige, les mecs de droite demandent un certain niveau de service de l’État, mais le reste de l’année quand ils ne sont pas impactés, ils demandent des réductions d’impôt et moins de fonctionnaires." Cela dit, la remarque vaut pour les meufs de gauche ou les trans du centre. On veut tous que l’Etat sale les routes, mais pas la facture.

Au passage, les Québécois se sont bien gaussés sur les JT français phagocytés par les sujets neige et les reportages sur les chasse-neige en action. "Mais ils déneigent quoi? De la poussière?", qu’ils gloussaient. Et on était pas mal à se moquer et à se bidonner avec eux. Ce n’est pas très élégant, c’est vrai. Cela dit, c’est un sport que vous pratiquez volontiers, hein. Et puis, personne n’oublie qu’il y a des Parisiens super sympas, qui rient tout le temps, neige ou pas neige. Comme Charline Vanhoenacker ou Alex Vizorek.

Sur cette blague à deux balles, je vous fais de gros poutous, parce que la méchanceté, comme dirait Dame la Reine, c’est vraiment nul.

Cécile Berthaud

©AFP

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