chronique

Lettre aux politiques francophones

Mesdames et Messieurs nos représentants politiques,

En matière de représentation, vous nous avez comblés. En ce mois de juin tout truffé de kermesses et fancy-fairs, vous avez assuré grave le spectacle. Il y a des écoles où la thématique c’était "l’Asie", "Rêves et nuages", "Les années disco", "A l’eau". Vous, vous avez choisi "Le feu de la Saint-Jean". Cette fête qui célèbre une nouvelle ère, le retour des beaux jours. Cette fête que certains vivent comme purificatrice, et où d’autres font s’affronter le bien et le mal (et c’est toujours le bien qui gagne). Et ce feu (qui réduit en cendres la confiance), ce bûcher (des vanités) alimenté par des planches de bois (pourri), des (retours de) bâtons, quelques (mini) stères, quelle flambée, dites!

Du côté des animations de cette surprise-partis, c’était riche et varié, mais avec des prestations inégales. Prenons le traditionnel spectacle de danse, il faut être honnête, la chorégraphie n’était pas maîtrisée, on ressentait fort le manque d’entraînement et chacun s’échinait laborieusement dans son coin à produire un spectacle le moins décousu possible. Bref, la grâce n’était pas au rendez-vous. La p’tite pièce de théâtre, elle, était au point. Vous avez misé sur un vaudeville, c’est une valeur sûre avec son lot de portes qui claquent, d’embrouillaminis, de squelettes cachés dans le placard, de ronds de jambes et autres sourires forcés. Vous avez gardé un rythme soutenu, les rebondissements se sont enchaînés, on aurait pu qualifier ça de palpitant, si on ne frôlait pas l’arrêt cardiaque à chaque annonce. La chorale… Là, de nouveau un désastre. Cacophonie, suraigus, manque de coffre (pulmonaire, parce qu’en banque ça va très bien pour certains): ça faisait mal au chœur.

Les traditionnels jeux de kermesse ne pouvaient éviter l’inénarrable chamboule-tout. Dans sa version à l’ancienne: une pyramide de boîtes de conserve et des balles de chiffons, tout droit venus du panier à linge sale. À côté se tenait le stand de la pêche aux canards: avec un crochet, on attrape un spécimen qui tourne en circuit fermé depuis des lustres, on le retourne, et on voit le nombre – "oh, 29 mandats!", "oh, 33 mandats!", "ah zut, un petit, 19".

Après la grande fête, après la fancy-fair-play, c’est toujours pareil, il faut débarrasser, ranger, nettoyer. Et c’est toujours pareil, il y a les maniaques du grand nettoyage et ceux qui se débinent par les issues de secours. Un jeu du chat et de la souris qui zigzaguent entre les jambes du législateur soucieux, qui cherche tant bien que mal à prendre la position du lotus.

Le long avant-propos de ce courrier n’a qu’un seul but: vous glisser une petite suggestion. La prochaine fois, pour la prochaine kermesse, choisissez peut-être un thème moins incendiaire. "Rêves et nuages", par exemple, c’est plus consensuel. Ou mieux, avec "Les fables de La Fontaine", vous avez la morale sans le pyromane.

Bon été,

Cécile Berthaud

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