chronique

Lettre aux primo-expats

Cécile Berthaud

À vous, expatriés propulsés en Belgique depuis moins d’un an,

Comme le dirait le Monsieur Loyal des cirques d’antan "Attention Mesdames et Messieurs, sous vos yeux zzzébahis, la transformation spectaculaire du peuple de Belgique". Vous aviez appris à le connaître alignant boulettes à la liégeoise, carbonnades à la flamande et trappistes brunes dans des estaminets aux planchers usés d’être foulés treize mois par an (l’hiver est long dans le Nord). Vous le découvrez alignant asperges à la flamande, fraises de Wépion et bières blanches à des terrasses surgies de nulle part. Il est guilleret, délesté du lourd manteau nuageux. Il est aérien et vagabond comme le pollen allègrement disséminé par les bises printanières. Il vibrionne comme une abeille sans néonicotinoïdes qui s’abreuverait du nectar de toutes les terrasses du pays. Le phénomène a lieu chaque année, le peuple de Belgique est pris de frénésie climatique.

Dans une contrée où les hivers sont soit très longs, soit très, très longs, l’autochtone ou l’habitant de longue date a développé une capacité d’adaptation inégalée: quand la veille, jour terne, il est en pantalon et écharpe, le lendemain, jour radieux, il est en polo et lunettes solaires. Le Belge sait tou-jours où sont ses lunettes de soleil, ses marinières et ses sandales. Quand le reste de la population mondiale est incapable de les trouver tant qu’elle n’a pas fait l’officiel transfert entre sa garde-robe d’hiver et celle d’été.

Quand il faut au primo-expatrié quatre jours de soleil d’affilée pour commencer à se dire qu’il pourrait peut-être prévoir un barbecue le week-end prochain, l’individu belge ou quasi a déjà organisé ou participé à six barbecues. Si un dimanche de février affiche 14 degrés Celsius et un grand soleil, il est en mesure de dégainer grille de barbecue, charbon de bois et allume-feu. Le résident du Royaume de Belgique n’est pas né de la dernière pluie, il sait que Râ est un dieu oublieux. Si le soleil daigne baigner le pays, il ne s’agit pas de mettre un orteil dans ce bain providentiel, mais de s’y jeter, d’y plonger, de s’y ébattre tout entier.

En Belgique, la présence du soleil est une information en soi. En bonne place sur les grands sites d’information, dans les journaux télévisés, à la radio. Fleurissent les sujets sur les meilleures terrasses et surtout sur les-meilleures-terrasses-les-moins-fréquentées, le nombre de trains pour la côte est augmenté, la grande distribution met fissa sur pied ses campagnes spéciales "plateaux barbecue" et "sélection de rosés". Il faut s’engouffrer dans la brèche. Profiter.

Pour vous, expatriés de fraîche date, cet engouement peut paraître excessif, puéril même. Mais quand la facture pour cinq jours de beau en mai, ça peut être un mois de juin pourri, on apprend vite.

Beau week-end.

Sous le soleil.

Exactement.

Cécile Berthaud

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content