chronique

Lettre de bonnes résolutions

Cécile Berthaud

Bon, bibi, c’est l’heure du rendez-vous annuel. Pas chez le dentiste, non. Avec ta conscience.

Remarque, il y a des similitudes: un bon petit brossage quotidien (des dents/de la conscience) est fondamental, mais l’entretien annuel est crucial pour détecter caries/envasement avant que ça ne dégénère en abcès/marécage. Parce que prendre de bonnes résolutions, c’est chercher le moyen d’avoir bonne conscience, n’est-ce pas?

C’est chercher à se grandir en prenant conscience des échecs, des travers de l’année écoulée; et s’affirmer à soi-même qu’on se croit capable de ne plus les reproduire. C’est le moment péchés/absolution, pessimisme (c’est trop la loose)/optimisme (yes I can!), ce qui est fait est fait/ce qui est à faire est à faire (j’ai trouvé ça dans "Les pensées philosophiques de Oui-Oui"). Bref, demain est un jour neuf, demain c’est l’an neuf, la possibilité d’un individu neuf. C’est un peu stupide comme raisonnement, mais c’est porteur. Le hic, c’est qu’avec l’âge, le curseur quitte méchamment "c’est porteur" pour aller s’installer sur "stupide". Puis surtout, avec l’expérience, on sait que nos bonnes résolutions – qu’on y croyait fort, qu’on a lu des livres dessus, qu’on a mis des plans en place, qu’on a investi de l’argent dedans – suivent de quelques semaines les cotillons de la Saint-Sylvestre dans la benne à ordures. Crouiiitch (c’est le bruit de la benne qui écrase les cotillons – je n’ai jamais été douée en bruitages), crouiiitch, crouiiitch. Aux oubliettes, ciao bye, c’était bien sympa tout ça, mais faut qu’on retourne dans nos guidons comme des dindons de la farce.

Au fil des ans, ma sagesse (ou autre chose, mais sagesse ça passe mieux auprès de ma conscience qu’aigreur, renoncement ou lâcheté, hein) m’a invitée à restreindre ma liste de bonnes résolutions. J’en suis à une. Du coup, pression. Parce qu’elle est précieuse, il faut bien la choisir. Je séchais cette année. Dans la cuisine de la rédaction (au sens propre et figuré) ma collègue Nathalie m’apprend qu’elle fait une série sur les bonnes résolutions la semaine prochaine. L’aubaine! Elle me cite notamment la pensée positive. Déception. Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est que je ne peux pas. C’est physiologique. Avec des gènes français, je suis programmée pour râler, pester, critiquer, ronchonner, cétaitmieuxavantiser. Et ça fait mon bonheur. Elle a aussi parlé de faire du sport. Mais ma vie est un sport, je dirais même plus, elle est multisport: sprint, rétropédalage, apnée, boxe, slalom, strike, escalade, contorsion, jonglage, rame, relais, marathon, dribble, ippon, buuuuut!

Une bonne alimentation: ça, ça va. Arrêter de fumer: je n’ai jamais commencé. Faire plus de B.A.: c’est bon, avoir des enfants c’est vivre immergée dans les B.A..

Alors quoi? Et là, ma conscience et moi (on est super potes) on a trouvé. À vouloir tout améliorer, à s’optimiser de partout, tu fais quoi quand t’as un problème si tu n’as plus de marge d’amélioration? L’espoir repose dans l’imperfection. Imperfection dit perfectible dit espoir. D’où la nécessité, existentielle, de préserver ses imperfections.

Je suis donc résolue à laisser mes imperfections vivre leur vie.

Et surtout, bibi, n’oublie pas de prendre ton rendez-vous chez le dentiste.

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