billet

"Mon cher Warren"

Journaliste

Tout ce qu'on a envie de dire à Warren Buffett

"L’Echo" a pris sa plus belle plume pour écrire aux grandes personnalités des marchés et leur poser toutes les questions auxquelles on aimerait avoir des réponses.

Mon cher Warren,

 

Avoir récupéré en 1965 une entreprise de textile en situation de faillite et l’avoir conduite dans le top 5 des plus grosses sociétés cotées au monde en termes de capitalisation boursière, vous l’imaginez, tous les capitaines d’industrie de cette planète rêvent d’en faire autant. L’action Berkshire Hathaway , le nom que vous avez donné à cette entreprise, s’est largement mieux comportée que l’ensemble du marché boursier de New York sur cette période.

Votre façon de travailler a souvent été imitée. Sans jamais avoir été égalée. Et vos actionnaires vous le rendent très bien. Ils viennent en masse vous saluer chaque année lors de ce qu’on a coutume de qualifier le "Woodstock de la finance", l’AG de Berkshire Hathaway devenue, au fil des ans, la plus populaire sur notre planète. Pour rien au monde, ils ne rateraient les paroles de celui qu’on surnomme l’"Oracle d’Omaha".

Loin de nous de vous trouver à tout prix des points faibles. Force est de reconnaître que les performances récemment réalisées par l’action Berkshire Hathaway à Wall Street ne sont toutefois plus vraiment ce qu’elles ont été. Si vous nous permettez ce jeu de mots, votre action file plutôt du mauvais coton en ce moment. Elle se contracte de 6% depuis janvier, alors que le marché américain des actions grappille encore quelques points.

Faiblesse avouée, faiblesse à moitié pardonnée. Vous avez reconnu au cours de l’une des dernières AG "être plus à l’aise lorsque les vents sont contraires sur les marchés". Comme au pire moment de la crise financière de 2008-09. Mais quand les marchés sont orientés durablement à la hausse, une certaine prudence semble vous tétaniser. Ce dont on ne peut vraiment vous en faire le reproche.

Vos actionnaires saisissent moins par contre votre partenariat avec le groupe de private equity brésilien 3G, célèbre pour sa capacité à saquer sans ménagement ses effectifs. Au cours de l’AG de mai dernier, un de vos 40.000 fans présents vous a interpellé à ce sujet. Vous vous en souviendrez peut-être, il vous a avoué "avoir des crampes à l’estomac", lorsqu’il a appris les méthodes de licenciement du fabricant de ketchup Heinz que vous avez acquis avec 3G. Vous, le philanthrope universellement apprécié, lui avez répondu que "vous ne connaissiez pas de sociétés qui comptent plus de gens qu’ils n’en ont besoin". L’on peut imaginer que votre réponse ne lui a pas permis de soulager ses crampes.

Plus fondamentalement, on pourrait vous reprocher l’investissement dans Heinz, comme dans Kraft que vous venez de conclure également en compagnie de 3G, dans la mesure où ces produits d’alimentation n’ont rien de vraiment diététiques. À l’heure où les États-Unis ne savent comment arriver à bout du problème touchant à l’obésité de sa population, ces investissements posent question.

Mais vos fans vous en veulent-ils pour cela ? Car, oserions-nous penser, nombre d’entre eux se laissent tenter au plaisir de goûter à ces produits. En outre, on l’imagine, votre démarche est avant tout financière. Au fond, ce que la plupart de vos fans souhaitent en premier, c’est que la société que vous présidez depuis 50 ans reste, à votre image, en bonne santé.

Cordialement,

Marc Collet

[Suivez Marc Collet sur Twitter en cliquant ici]

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés