interview

"Aujourd'hui, on nous farcit l'esprit qu'il n'y a pas d'alternatives"

Retrouvez les acteurs belges de mai 68 tout au long de ce mois. Aujourd'hui, Anne Morelli, professeur à l'ULB, nous livre sa révolution.

Que faisiez-vous en mai 68?

J’étais étudiante en 1re licence en histoire à l’ULB. Nous étions un groupe d’étudiants très politisés sur le plan international. Nous étions opposés à la guerre au Vietnam ou aux dictatures en Europe (le franquisme, Salazar…). Il faut dire que nous avions des camarades qui avaient fui ces pays. Nous nous distancions par contre du mouvement en Flandre qui brandissait son "Walen Buiten", qui pour nous équivalait à du racisme et était donc contraire à nos sentiments.

Comment avez-vous pris part aux événements?

En tant que fille, je n’ai pas eu un grand rôle. Je n’ai d’ailleurs aucun souvenir de filles ayant pris la parole. Nous nous contentions de distribuer du café et des tracts. Mon père, un Italien réfugié, antifasciste, membre de la résistance et déporté, a accepté ma révolution. Il m’a même encouragé, même lorsqu’il a dû venir me chercher au commissariat. Ma mère, elle, était conservatrice et catholique. Pour elle, avec mes idées communistes je "terminerais dans un kolkhoze à trier des œufs". Elle disait qu’il fallait accepter le monde tel qu’il était.

Comment Mai 68 a influencé votre vie?

Au niveau pédagogique, nous contestions l’enseignement autoritaire, ex cathedra, les écoles-casernes. Deux ans plus tard, en tant que professeur de secondaire, j’ai enseigné et j’enseigne toujours que l’histoire est aussi une histoire de pauvres, d’exilés, de colonisés, de femmes. J’ai diffusé beaucoup d’idées féministes qui surprenaient les filles. Un jour, une de mes élèves m’a dit en avoir parlé avec sa mère qui lui a répondu: "Il ne doit pas faire propre chez ces femmes!"

Dans l’éducation de mes enfants, j’ai aussi essayé. Mais ça n’a pas marché! Mes filles ne se sont jamais intéressées aux Lego sauf quand ils sont devenus roses (rire).

Mai 68 a aussi orienté mes recherches. J’ai beaucoup travaillé sur les thèmes des refusés et des femmes de l’histoire: Anita Garibaldi pour parler de l’unification italienne, Charlotte Corday pour la Révolution française.

Cette période de mai 68 a aussi vu une explosion des revendications qui a joué un rôle important dans ma vie. Mais les luttes sont toujours à recommencer. En 68, nous voulions tout bouleverser pour rétablir autre chose. Aujourd’hui, on nous farcit l’esprit qu’il n’y a rien d’autre. Mais même s’il y a de grandes différences entre les deux époques, je n’ai pas perdu mes idéaux sociaux et politiques.

Retour sur les moments clés des protestations étudiantes à l'ULB

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