"Avec Francken, on est arrivé à la limite de ce qui est supportable"

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Le renvoi de migrants vers le Soudan et la critique du Premier ministre Charles Michel ne passent pas dans les rangs du MR. Les libéraux sont excédés par Theo Francken. "On ne peut pas le dire autrement que comme ceci: renvoyer des gens vers le Soudan, c’est inacceptable", souligne Gérard Deprez, le député MR, vétéran de la politique belge.

Trop is te veel. Longtemps, ils l’ont mis en veilleuse. Pour ne pas mettre leur chef de file, le Premier ministre Charles Michel, dans l’embarras, les libéraux ont regardé passer le train nationaliste flamand en ravalant leurs doutes et leurs critiques. Mais les choses changent et, tant sur le fond que sur la forme, c’est aujourd’hui le ras-le-bol (quasi) généralisé par rapport à la N-VA – singulièrement son secrétaire d’Etat à l’Asile Theo Francken.

"Avec l’affaire du Soudan, nous sommes parvenus aujourd’hui aux limites de ce qui est déontologiquement supportable", relève le député Gérard Deprez. Vétéran de la politique belge, Gérard Deprez est également très proche du Premier ministre Charles Michel.

Les libéraux chargent la barque de Theo Francken de deux côtés. Primo, les critiques du Premier ministre par Francken sont jugées inacceptables. Secundo, sur l’affaire du renvoi des ressortissants soudanais, de nombreux libéraux estiment que Theo Francken est allé un pas trop loin.

"On ne peut pas le dire autrement que comme ceci: renvoyer des gens vers le Soudan, c’est inacceptable, souligne Gérard Deprez. Et on ne peut pas se retrancher derrière le fait que d’autres Etats européens procèdent de la sorte également, on ne collabore pas avec les services d’une dictature. Pour moi, ainsi que pour de nombreux électeurs MR, c’est à la limite du supportable. J’ajoute qu’au-delà de ceci, on est face à un membre du gouvernement qui n’a pas dit la vérité à son Premier ministre ainsi qu’au Parlement. Pour le reste, il y a encore deux points à distinguer. En termes d’accueil et en termes de renvoi vers l’étranger, les chiffres démontrent que la politique de Francken n’est pas fort différente de ce qui était fait auparavant. Autre point qui découle du précédent: la communication. En fait, Theo Francken communique sur une autre politique que celle qu’il mène en réalité."

Dans le camp libéral, on attend donc avec impatience les conclusions de l’enquête indépendante que le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) doit mener sur l’affaire du renvoi des Soudanais. "Celles-ci sont attendues en janvier", indique une source gouvernementale. Le CGRA travaillera avec la Commission européenne ainsi que les agences des Nations unies: s’il apparaît, à la lumière de cette enquête, que des personnes renvoyées vers le Soudan par Theo Francken ont effectivement été torturées, sa position au sein de l’exécutif ne sera plus tenable et, en tout état de cause, le secrétaire d’Etat ne pourra plus compter sur le soutien du Premier ministre Michel…

Dans les rangs libéraux, off the record, c’est désormais la curée, à tous les étages (ministériel et parlementaire), contre le secrétaire d’Etat Francken et la déloyauté de la N-VA vis-à-vis du Premier ministre. "Sans respect de la hiérarchie gouvernementale, il ne reste rien. Que Francken démissionne ou que Charles le fasse démissionner. On en a ras-le-bol, il pousse le Premier ministre à la faute et nous, comme de loyaux bons petits soldats, on doit venir le défendre au Parlement. Cela n’est plus admissible", enrage un influent député. Une source gouvernementale dit ceci: "À présent, on a ce contre-feu lamentable allumé par Bart De Wever sur la sortie du nucléaire. Cela vise à éloigner les projecteurs de Theo Francken. La vérité, c’est que même à la N-VA, ils n’ont plus de contrôle sur Francken et donc on fait diversion avec la sortie du nucléaire. On a déjà vu ces grosses ficelles; ça commence à bien faire." Un troisième libéral ponctue: "Ce type se prend pour le Premier ministre, mais il ne l’est pas, on ne peut plus accepter cela, d’autant qu’on sait que l’opinion publique va se retourner contre lui: on ne peut pas construire une popularité durable uniquement sur l’agressivité, ça ne fonctionnera plus très longtemps. Et nous, on ne peut pas partir en campagne électorale avec un tel boulet aux pieds. Jacqueline Galant a dû quitter le gouvernement pour moins que cela."

Jusqu’ici la popularité de Theo Francken et de Jan Jambon, côté francophone, dans les différents sondages d’opinion, leur a servi de pare-feu contre les critiques: personne dans les rangs libéraux francophones ne s’était hasardé à les remettre en cause. C’est désormais chose faite.

Et voilà, entre la Noël et le Nouvel An, à peu près où nous en sommes.

Et ressurgit une thèse que les complotistes adorent ces derniers temps.

Poussée dans le dos par des sondages ultra-favorables, la N-VA ne verrait pas d’un mauvais œil que le gouvernement fédéral tombe dans les semaines ou mois à venir — histoire de pouvoir aller aux urnes pour les législatives en 2018 en même temps que pour le scrutin communal. Les nationalistes flamands ont toujours été partisans d’un découplage entre les élections régionales et fédérales: faire tomber l’exécutif – singulièrement s’ils sont en position de force – serait donc une voie à suivre pour réaliser ce dessein. Problème: les récentes expériences en ce sens de formations politiques ayant débranché la prise du gouvernement se sont soldées par de cuisants échecs. L’idéal pour la N-VA serait donc de pousser ses partenaires à saborder eux-mêmes l’exécutif fédéral en estimant que la coalition ne tient plus la route. Wait and see. Les semaines à venir ne manqueront certainement pas d’occasions de revenir sur cette théorie en vogue…

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