Des millions européens pour aider l'Espagne à gérer ses migrants

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La Commission européenne va allouer plusieurs dizaines de millions d'euros à l'Espagne pour l'aider à gérer les arrivées de migrants sur ses côtes depuis le Maroc. Face aux migrants, la douceur espagnole et la sévérité italienne font polémique...

L’Espagne est devenue la première destination des migrants en provenance des côtes africaines. Environ 22.900 personnes sont arrivées par la mer depuis janvier 2018, selon l’agence européenne Frontex. C’est deux fois plus que l’an dernier, mais c’est incomparable avec les arrivées massives enregistrées pendant la crise migratoire en 2015, lorsque l’Europe avait vu débarquer plus d’un million de personnes.

Pourtant, depuis quelques jours, des images de migrants débarquant dans les ports et sur les plages circulent sur les réseaux sociaux et dans certains médias espagnols, ce qui alarme la population. Le PP (Parti populaire, démocrate-chrétien) critique la politique du nouveau gouvernement, l’accusant d’avoir créé un "appel d’air". Le Premier ministre Pedro Sanchez lui reproche, en retour, de ne pas avoir prévu ces arrivées.

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Que se passe-t-il? La fermeture des ports italiens et la plus grande surveillance exercée par les gardes-côtes libyens pousse une partie des flux vers l’ouest. Mais cela n’explique pas tout. Près d’un migrant sur deux interceptés en mer se dirigeant vers l’Espagne provient du Maroc ou d’Algérie. Leur déplacement est provoqué par des troubles dans le nord du Maroc et la reprise économique en Espagne. Madrid, dirigé par un gouvernement social-démocrate, est plus souple envers les migrants que le précédent exécutif.

Pour le nouveau ministre des Affaires étrangères Josep Borrell, c’est plutôt positif de voir arriver "du sang neuf", sans quoi l’Europe se transformera en "continent de vieillards".

L’Espagne peut-elle faire face? "Nous parlons, pour cette année, de 20.000 migrants pour un pays de plus de 40 millions d’habitants. Ce n’est pas une immigration massive", relativise Josep Borrell. Le précédent gouvernement avait verrouillé le pays. La nouvelle politique de Madrid prend de court les ONG et la police, qui font état d’un manque de moyens et de fonds pour assurer des conditions d’accueil suffisantes.

Bonne nouvelle pour Madrid: La Commission européenne va allouer dans les prochains jours plusieurs dizaines de millions d'euros à l'Espagne pour l'aider à gérer ce flux continu de migrants. L'exécutif européen va aussi octroyer 37,5 millions à la Grèce, également en première ligne des arrivées, à partir du Fonds européen pour l'asile, la migration et l'intégration afin d'améliorer les conditions d'accueil des migrants. 

"Nous parlons, pour cette année, de 20.000 migrants pour un pays de plus de 40 millions d’habitants. Ce n’est pas une immigration massive."
josep borrell
Ministre espagnol des Affaires étrangères

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100 millions d’euros

D’après certains observateurs, le Maroc ferait également monter la pression migratoire sur l’Espagne pour obtenir davantage d’aides. L’UE a déjà répondu positivement aux appels. Début juillet, la Commission européenne a approuvé un programme d’aide de 100 millions d’euros pour l’Afrique du nord.

L’Europe tente aussi de concrétiser un nouveau plan décidé par les Vingt-huit lors du dernier sommet européen de juin. Il prévoit l’installation de "centres contrôlés" sur le territoire de l’UE, dans lesquels les migrants seraient triés entre les candidats recevables à une demande d’asile et les migrants économiques, renvoyés dans leur pays.

L’UE financerait aussi des "plateformes de débarquement" dans les pays tiers, comme la Tunisie, d’où partent les migrants pour rejoindre les côtes européennes. Une conférence s’est tenue lundi à Genève pour affiner le concept et prendre le pouls des pays concernés. S’il est trop tôt pour connaître l’avenir de cette proposition, il apparaît que tous les pays du pourtour méditerranéen étaient présents à cette réunion, à l’exception de la Libye.

 

Un navire italien refoulé

L’Italie poursuit sa politique radicale envers les migrants, refoulant tout nouvel arrivant. Un navire italien, l’Asso 28, transportant 108 migrants été repoussé ce mardi vers les côtes libyennes. Il venait de sauver ces personnes de la noyade.

Un migrant brandit la photo de Soumaila Sacko, un Malien tué par des Italiens en Calabre. ©EPA

L’Onu a ouvert une enquête. "La Libye n’est pas un port sûr et cela peut conduire à une violation du droit international", écrit le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) sur son compte Twitter. Le refoulement collectif est contraire aux conventions internationales. En 2012, l’Italie a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir reconduit des migrants en Libye 3 ans auparavant.

Le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini (Ligue du Nord, extrême droite), a nié que les gardes-côtes italiens aient participé à une opération de refoulement, "contrairement à ce qu’ont déclaré une ONG étrangère et un député gauchiste mal informé".

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La situation des migrants se détériore en Italie, où ils sont de plus en plus l’objet d’attaques racistes depuis l’arrivée au pouvoir de Matteo Salvini, qui semble autoriser ces débordements. En Calabre, on dénombre ces derniers jours une dizaine d’affaires où des habitants ont ouvert le feu sur des migrants. Le week-end dernier, un Marocain cherchant à échapper à ses poursuivants est mort dans un accident de voiture.

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