Dure confrontation entre Bruxelles et Rome sur le sort de 177 migrants

©REUTERS

Encore au large de la Sicile, le patrouilleur Diciotti est l’emblème de la crise migratoire qui divise l’Europe.

Bloqué pendant plusieurs jours au large de l’île de Lampedusa, et depuis cinq jours devant le port de Catane, le Diciotti, patrouilleur des gardes-côtes italiens ayant sauvé 177 migrants en Méditerranée, est le triste symbole d’un pays divisé et d’une Europe impuissante

"Si l’Union européenne existe qu’elle le démontre par les faits."
Matteo Salvini
Ministre de l'Intérieur italien

"Si l’Union européenne existe qu’elle le démontre par les faits. Aucun passager ne débarquera avec ma permission! Si le Président de la République ou le Premier ministre décident autrement, que ce soit bien clair que c’est contre ma volonté", a déclaré le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, au cours d’une interview télévisée.

Le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini réclame haut et fort la répartition dans les pays européens des 177 migrants du Diciotti. ©REUTERS

Salvini – qui déclare fermement "qu’il agit au nom des intérêts des Italiens" –  ne cesse de réclamer l’application du principe de répartition des migrants au sein de l’UE. Or, la répartition des demandeurs d’asile devrait se faire, depuis le sommet européen qui a eu lieu à Bruxelles les 28 et 29 juin derniers, sur une base volontaire. Néanmoins, malgré les efforts du chef de la diplomatie italienne, le ministre Enzo Moavero Milanesi – qui s’est directement adressé à l’UE demandant aide et coopération –, la situation reste dans l’impasse.

Le débat en Italie s’exacerbe ainsi un peu plus chaque jour. Idéologiquement et politiquement fragmentée, la péninsule est désormais divisée entre ceux qui prêchent pour un accueil immédiat et sans conditions de tous les naufragés et un gouvernement de plus en plus tenté par une politique de rapatriement des migrants, en violation avec le principe du non-refoulement, incorporé dans la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés.

1 million
de migrants sauvés
Au cours des dernières quinze années, les gardes-côtes italiens ont sauvé presque un million de migrants. Aujourd'hui, ils le font sans l'accord de Rome.

Principe auquel la Guardia Costiera – les gardes-côtes italiens – reste fidèle malgré les directives et les invectives du ministre de l’Intérieur. Ayant sauvé en mer, au cours des dernières quinze années, presque un million de migrants, les gardes-côtes italiens ont "récidivé" dans la nuit du 15 au 16 août dernier, portant secours, sans l’autorisation de Rome, à une embarcation qui se trouvait entre les côtes maltaises et la Sicile.

Transférés à bord du patrouilleur Diciotti, ces 177 migrants, qui ont commencé hier une grève de la faim, ont poussé Salvini à durcir le ton comme jamais auparavant.

"En Australie le principe du ‘No Way’ prévaut: aucun migrant sauvé en mer ne débarque ensuite sur le sol australien. Nous serons contraints à en arriver là", a-t-il déclaré.

La même rhétorique a été adoptée par le ministre du Développement économique, Luigi Di Maio, qui a menacé de suspendre la contribution italienne au budget de l’UE si la Commission ne devait pas parvenir à un accord sur la répartition de ces derniers migrants. Un ultimatum qui a fortement déplu à Bruxelles où la Commission s’est empressée de rappeler au gouvernement italien que les "menaces ne sont guère utiles" à la recherche d’une solution commune.

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