interview

"Je n'ai de leçon d'humanité à recevoir de personne"

©Kristof Vadino

Cet été des centaines de migrants dorment dans le parc Maximilien, près de la gare du Nord. Que veulent-ils, que vont-ils devenir? Le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Theo Francken (N-VA), doit gérer cette situation alors qu'il est en vacances.

Cet été, le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Theo Francken (N-VA), a dû gérer à partir de son lieu de vacances la situation de centaines de migrants africains installés dans un parc à Bruxelles. Ces dernières semaines, près de 400 migrants ont pris leurs quartiers dans le parc Maximilien, à proximité de la gare du Nord. La plupart sont originaires d’Afrique sub-saharienne. Ils sont arrivés en Europe occidentale via la Libye et l’Italie, avec comme buts ultimes Londres et le Royaume-Uni.

Nous devons nous diriger vers un nouveau modèle en matière de migrations.

Qu’est-ce qui vous empêche de les arrêter et de les renvoyer chez eux?
Nous le faisons dans certains cas. Mais je ne peux pas arrêter en une fois 400 personnes, avec le risque de devoir à nouveau les libérer après le délai maximum de trois mois. Nous disposons d’un maximum de 600 places dans les centres fermés. L’hébergement des illégaux nous coûte 200 euros par jour et par personne. C’est pourquoi je préfère commencer par arrêter ceux dont je suis certain qu’ils pourront être renvoyés chez eux. Sur dix illégaux hébergés dans nos centres fermés, huit sont effectivement rapatriés. Je compte maintenir ce ratio.

Vous vous êtes fait taper sur les doigts par le Premier ministre parce que vous avez déclaré que les ONG collaboraient avec les passeurs.
Après le coup de fil du Premier ministre et un entretien avec Médecins sans Frontières, j’ai dit que cela ne se reproduirait plus. 
Mais je n’ai jamais retiré une seule parole.

Les ONG prennent à leur compte environ un tiers des sauvetages en mer. Pourquoi sont-elles accusées de tous les maux?
Soyons clair, ce n’est pas mon cas. Le problème, c’est qu’on parle indéniablement de ‘collusion’ entre les passeurs du côté libyen et les ONG qui naviguent dans les eaux territoriales libyennes, à proximité des côtes. Tous les rapports de l’Agence européenne de gardes-frontières le confirment. Bien entendu, il faut sauver ces personnes, comme le droit maritime international l’exige. Mais la question est de savoir où vous emmenez ces personnes après leur sauvetage. Si vous amenez tout le monde en Europe, les candidats à la migration continueront à tenter le passage. Pour moi, il ne fait aucun doute que cela crée un ‘appel d’air’.

©Kristof Vadino

Les ONG indiquent que le nombre de morts par noyade augmentera si elles mettent fin aux sauvetages.
Le nombre de victimes n’a jamais été aussi bas que ces derniers mois. Si les garde-côtes libyens sauvent ces passagers et les ramènent en Libye, il n’y aura plus de départs.

Ils doivent donc retourner en Libye où, d’après certains rapports des organisations de défense des droits de l’Homme, ils risquent d’être torturés et maltraités?
C’est le plus pénible sur le plan humain. La qualité de l’accueil dans les camps libyens doit s’améliorer drastiquement. Je n’en suis jamais arrivé au point de devoir renvoyer des illégaux en Libye. Je pense que nous devons regarder du côté des pays voisins comme le Maroc et la Tunisie. Il est probable que la question se retrouvera devant la Cour de Justice de l’Union européenne, comme ce sera probablement le cas de l’accord conclu avec la Turquie. Ce n’est pas du tout évident, car probablement en contradiction avec la Convention européenne des droits de l’Homme.
Nous devons nous diriger vers un nouveau modèle pour protéger nos frontières. Il faut expliquer clairement que le paiement d’un passage sur un bateau illégal via un passeur n’est pas un billet d’entrée pour l’Europe. Ce serait le chaos.

À quoi devrait ressembler le nouveau modèle?
Nous devons être clairs, à l’instar de ce que nous faisons en Turquie. Les Syriens qui arrivent sur une île grecque sont renvoyés et perdent plus ou moins leurs droits à la réinstallation. Il vaut mieux investir dans la qualité de l’accueil dans la région et sélectionner dans les camps de réfugiés un quota de personnes parmi les plus vulnérables, et les amener ici en avion. C’est en partie de l’aide au développement et en partie de l’aide humanitaire que vous offrez sur votre propre territoire. C’est la meilleure manière d’aider les gens, et non pas via une demande d’asile à Bruxelles après une migration illégale. Les ONG demandent plus de canaux migratoires sûrs et légaux. Nous l’organisons, plus que jamais auparavant. J’ai à ce jour accordé plus de visas humanitaires que pour l’ensemble de l’année dernière, où nous avions aussi battu un record. Je n’ai de leçon d’humanité à recevoir de personne.

©Kristof Vadino

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content