L'économie belge peut encaisser la crise migratoire

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Les 35.500 demandes d’asile enregistrées en 2015 ne dépassent pas encore le niveau de la crise du Kosovo en 1999-2000. Le principal problème se situe au niveau de l’intégration sur le marché du travail, où la Belgique est le plus mauvais élève européen après la Suède.

Face à la tournure souvent passionnelle que prend le débat sur les migrants, la Banque nationale a tenu à recadrer les choses. Elle propose une étude d’impact sur la période 2015-2020 et qui répond à la plupart des questions que les citoyens se posent face à ce qui est perçu comme une déferlante migratoire. Reprenons les choses point par point.

Sommes-nous face à une invasion migratoire?

La hausse actuelle des demandes d’asile doit être relativisée, estime la BNB. Et ce de deux façons. Primo, l’immigration du fait de l’asile ou de la protection internationale ne correspond en moyenne qu’à 18% des flux annuels d’immigration sur la période 1991-2014. Secundo, les 35.500 demandes d’asile enregistrées en 2015 ne dépassent pas encore le niveau de la crise des années 1999 (35.800 demandes) et 2000 (42.700 demandes), lors de la crise dans les Balkans et au Kosovo.

"Les actuels demandeurs d’asile arrivant en Belgique sont majoritairement de jeunes hommes qui semblent plus éduqués que les précédentes vagues de réfugiés."
BNB

En janvier 2016, le nombre de demandes a même diminué de moitié par rapport à décembre 2015, pour atteindre 2.842, mais reste en augmentation par rapport à janvier 2015. Toutefois, admet la BNB, il est vrai que le taux de reconnaissance du statut de réfugié est plus élevé que par le passé. De 30% ces quatre dernières années, il monte à 61% en 2015. "Les actuels demandeurs d’asile arrivant en Belgique sont majoritairement de jeunes hommes qui semblent plus éduqués que les précédentes vagues de réfugiés. Leur niveau d’éducation reste cependant inférieur à celui des Belges et les compétences associées à leurs diplômes ne sont pas toujours conformes avec ce qui est attendu en Belgique", peut-on lire dans l’étude.

La Belgique accueille-t-elle sa part de migrants?

Les demandes introduites en Belgique ont représenté 3,1% du total de l’Union européenne et correspondent à plus de 2 demandeurs pour 1.000 habitants. Ce qui classe la Belgique en 7e position. Les premiers pays d’accueil sont, en chiffres absolus, l’Allemagne et la Hongrie avec respectivement 35 et 20% du total des demandes. Si l’on considère le nombre de demandeurs d’asile par habitant, la Hongrie affiche 18 pour 1.000 habitants, la Suède 8 pour 1.000 et l’Autriche 7 pour 1.000.

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Les migrants coûtent-ils cher à la collectivité?

La BNB reprend uniquement le nombre supplémentaire de demandeurs d’asile par rapport à la moyenne de 2008 à 2014, puisque la Belgique reçoit déjà chaque année un certain nombre de dossiers pris en compte lors des estimations classiques.

Le choc considéré est de 18.000 et 16.500 demandes additionnelles en 2015 et 2016. Le taux de reconnaissance de ces demandeurs d’asile supplémentaires s’élève à 75% et leur taux d’emploi est supposé augmenter progressivement, après un délai d’attente de 4 mois, pour atteindre 40% après 5 ans de présence sur le territoire. Le regroupement familial est pris en compte avec un délai d’environ 2 ans, nécessaires au traitement des dossiers.

1,3 milliard
L’arrivée des migrants coûtera 1,3 milliard d’euros en allocations sociales entre 2015 et 2020.

Résultat: au niveau des dépenses publiques, il faudra compter avec un surcoût de 134 millions d’euros en 2015, 308 millions en 2016 et 154 millions en 2017. Les allocations de chômage et les revenus d’intégration ont également été pris en compte, pour un total cumulé de 1,3 milliard d’euros sur la période 2015-2020.

L’impact macroéconomique de ces chocs montre un effet limité sur la croissance, de l’ordre de 0,1% de PIB supplémentaire en 2020. Alors qu’au départ, le surcroît de croissance est surtout dû aux dépenses publiques, celles-ci laissent place petit à petit à la consommation privée qui augmente grâce aux revenus disponibles supplémentaires. Le solde primaire retrouve un équilibre en fin de période, notamment en raison du nombre croissant de réfugiés en emploi et donc de la perception de recettes additionnelles via les impôts et les cotisations sociales.

Les migrants pourront-ils facilement s’intégrer?

L’intégration passe avant tout par la participation au marché du travail. Or, partout en Europe, et particulièrement en Belgique, le taux d’emploi des immigrés est très faible. Seule la Suède fait encore moins bien. En 2014, l’écart de taux d’emploi des immigrés non européens par rapport aux Belges de souche était de 28%. Pour y remédier, la BNB suggère différentes pistes: validation des compétences liées au diplôme obtenu dans le pays d’origine, formations linguistiques et professionnelles poussées, ou encore lutte contre la discrimination à l’embauche.

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