L'Espagne devient la porte d'accès des migrants en Europe

Le détroit de Gibraltar est devenu le principal point d'entrée en Europe pour les migrants. ©REUTERS

L’Espagne devient le premier pays d’arrivée par la mer. Madrid et Berlin ont conclu un accord sur le retour des migrants. Les chiffres d’arrivées de migrants les plus récents sont modestes par rapport à la crise de 2015, tandis que les Européens ont tendance à surestimer le nombre d’étrangers présents dans leur pays.

La question migratoire continue à alimenter le feuilleton politique de l’été, malgré la chute des arrivées de migrants. Selon les dernières données les plus récentes de Frontex, l’UE a vu arriver 13.516 migrants sur son territoire en mai 2018, contre 433.620 en octobre 2015 lors de la crise. Depuis deux ans, les chiffres sont revenus à la normale.

L’Espagne a accueilli jeudi à San Roque, dans la baie d’Algésiras, le navire Open Arms affrété par l’ONG espagnole Proactiva. À son bord, 87 mineurs secourus en Méditerranée. La plupart proviennent du Soudan, où, selon l’ONG, ils ont échappé à "l’enfer du Darfour". Ils ont embarqué en Libye et dérivé durant deux jours sous la chaleur et sans eau. Leur cas était jugé critique au moment où ils ont été recueillis.

Le gouvernement espagnol, dirigé par le socialiste Pedro Sanchez, traitera ces migrants comme tout immigré clandestin arrivant sur les côtes du pays. Ils bénéficieront toutefois d’une autorisation exceptionnelle de résidence de 72 heures.

Cette arrivée est marquée par les signes d’un début de solidarité entre États, de celle qui a fait défaut au plus fort de la crise migratoire. La France a annoncé qu’elle accueillerait vingt de ces migrants "dans un esprit de solidarité européenne".

25%
Les Italiens pensent que 25% de leur population est composée d’étrangers. En réalité, il y a 6,7% d’étrangers dans ce pays.

L’Italie, en première ligne lors de la crise, refuse d’ouvrir ses ports aux navires de sauvetage depuis l’arrivée au gouvernement d’une coalition d’extrême droite. L’Espagne est devenue le premier point d’entrée des migrants par la mer (19.000 arrivées de janvier à mai 2018).

Le gouvernement de Giuseppe Conte a réclamé plus de solidarité auprès des autres États européens lors du sommet de juin dernier.

Un accord entre les dirigeants européens prévoit la création de "centres contrôlés" sur le territoire d’États européens pour trier les migrants économiques des réfugiés et de "plateforme de débarquement" dans les pays tiers.

La Commission européenne a promis de travailler pendant l’été à concrétiser cette proposition.

Accord entre l’Allemagne et l’Espagne

Les États européens ont aussi été invités à conclure des accords bilatéraux pour gérer les déplacements secondaires de migrants au sein de l’UE. Berlin et Madrid ont conclu cette semaine un accord qui permet à l’Allemagne de renvoyer vers l’Espagne les réfugiés qui ont déjà demandé l’asile dans ce pays.

• Concrètement, les migrants pourront être transférés vers l’Espagne dans un délai de 48 heures après leur arrivée.

C’est le premier accord bilatéral conclu après le sommet de juin. Il permet de relâcher la pression pesant sur la chancelière allemande Angela Merkel, accusée par son partenaire bavarois la CSU d’avoir laissé entrer trop de migrants. Angela Merkel et Pedro Sanchez doivent se rencontrer ce week-end pour aborder la question migratoire.

→ Le Règlement de Dublin impose que le migrant fasse sa demande d’asile dans le pays d’arrivée, mais de nombreuses personnes arrivées en Grèce, en Italie et en Espagne se sont dirigées vers l’Allemagne, réputée pour son économie dynamique.

Le pays, confronté à une crise démographique, a laissé venir un million de migrants. Aujourd’hui, l’aile droite de la coalition veut mettre fin à cette politique sous peine de renverser le gouvernement.

La CDU, soucieuse de préserver les règles de libre circulation, s’est opposée à la proposition de la CSU d’autoriser le refoulement de migrants enregistrés dans d’autres pays.

La présence d’étrangers surestimée

L’Union européenne doit aussi faire face à l’impact psychologique de la question migratoire, bien plus important que les chiffres réels. Selon une enquête d’Eurobaromètre, les citoyens européens surestiment de deux à dix fois le nombre d’étrangers présents sur le territoire de leur pays.

8,7%
de population étrangère
Les Belges imaginent que 20% de la population est étrangère, alors que cette proportion est de 8,7%


Les Belges imaginent que 20% de la population est étrangère, alors que cette proportion est de 8,7%. Les Italiens, qui ont voté massivement pour la Ligue (extrême droite) pensent que 25% de leur population est étrangère, alors que le chiffre exact est de 6,7%.

87 migrants mineurs secourus par le bateau Open Arms ont été accueillis dans la baie d'Algesiras jeudi. ©REUTERS

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