"L'islam du Moyen-Orient ne fait pas partie de la culture hongroise"

©REUTERS

Les Hongrois sont appelés aux urnes ce dimanche à l’occasion d’un référendum portant sur l’accueil des réfugiés. Le scrutin, accompagné d’une coûteuse campagne et jugé hors de propos par l’opposition, relève avant tout de politique intérieure. Le populiste Viktor Orban table sur un plébiscite des Hongrois pour sa politique de rejet des réfugiés. Un premier plan de "relocalisation" de 160.000 demandeurs d’asile entre les 28 Etats membres se met laborieusement en place depuis septembre 2015. La Hongrie n’a proposé à ce jour aucune place d’accueil et se considérera, si le non l’emporte, définitivement affranchie de toute obligation de contribuer à l’effort européen.

Garkhan sert des kebabs dans le 8e arrondissement budapestois, proche de la gare internationale de Keleti. L’été dernier, des milliers de réfugiés ont transité pendant des semaines au sein du terminal ferroviaire mais aujourd’hui, le calme est revenu. La clôture hongroise sévèrement gardée le long des frontières serbe et croate et l’arsenal législatif plusieurs fois durci font leur office: l’entrée des réfugiés en Hongrie à la sortie de la Serbie n’est possible qu’à travers deux sas qui n’accueillent que 15 personnes par jour, aux passages frontaliers de Röszke et Tompa. Tout contrevenant interpellé dans un rayon de 8 km, est repoussé vers la Serbie. "Avec ou sans piment?" demande Garkhan. Ce réfugié afghan parle un hongrois impeccable du haut de ses vingt ans: "J’ai reçu le statut de réfugié il y a deux ans, six mois après mon arrivée en Hongrie. Je me sens bien ici, dans le quartier tout le monde me connaît!"

32 millions €
Le gouvernement hongrois a consacré plus de 32 millions d’euros à une campagne pour pousser les citoyens à voter non au référendum sur les réfugiés.

À deux mètres de là, deux énormes affiches, sur fond de drapeau tricolore hongrois, cohabitent avec une publicité pour croquettes félines "Ne prenons pas de risque: votons non." Le gouvernement n’a pas lésiné sur les moyens pour espérer faire triompher le "non" lors du référendum prévu ce dimanche en Hongrie, consacrant plus de 32 millions d’euros à une campagne menée tambour battant depuis juin. Gábor, 26 ans, qui achète un kebab à Garkhan ne se rend jamais aux urnes et ne s’intéresse guère à la politique. En revanche, ce mécanicien qui n’a rien contre les réfugiés n’apprécie pas trop que ses impôts financent de tels messages: "C’est aussi pour ça que je veux quitter le pays, de toute façon en Hongrie, tu ne peux pas gagner un salaire décent, moi j’ai décidé de m’installer en Europe de l’Ouest."

Un outil de politique intérieure

"Voulez-vous que l’Union européenne puisse prescrire une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois?" Telle est la question sur laquelle quelque 8 millions d’électeurs en Hongrie et 275.000 Hongrois issus des pays limitrophes sont appelés à se prononcer ce dimanche 2 octobre. La question, très critiquée, fait référence en filigrane aux quotas de répartition des migrants avancés par la Commission européenne. La Hongrie aurait dû en accepter 1.294.

"Voulez-vous que l’Union européenne puisse prescrire une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois?"
La question du référendum

Pour Katalin Veres Novák, secrétaire d’Etat à la famille et à la jeunesse, le dossier est plus que jamais à l’ordre du jour. En ce soir de "forum citoyen", elle exhorte les habitants de Vác, à 40 km au nord de Budapest, à voter non. "La Hongrie a sa place dans l’UE. Mais des dirigeants comme Juncker et Schulz ont perdu le sens des réalités. L’UE compte plus de 100 no-go zones où les immigrés ont construit des sociétés parallèles. La Hongrie ne veut pas que son équilibre démographique soit bouleversé."

De mémoire d’analyste, on a rarement vu le gouvernement s’impliquer autant dans un référendum. "Viktor Orbán a fixé la barre très haut en se donnant pour objectif que le non l’emporte mais surtout que le scrutin soit valable, or pour cela, il faudrait une participation de plus de 50% des inscrits, ce qui obligerait les détracteurs d’Orbán à voter non", estime Gábor Török, politologue, pour qui le Fidesz, le parti de Viktor Orbán, a "monopolisé la politique hongroise depuis un an et demi sur le sujet des réfugiés au point de persuader ses citoyens qu’il s’agit du problème numéro 1 dans le pays. Cela a permis au Premier ministre de remonter et de se maintenir dans les sondages".

L’opposition pour le boycott ou le vote nul

Bálint Vörös ne s’estime pas dupe, cet ingénieur de 34 ans vivant à Budapest s’apprête à boycotter le scrutin: "Pendant ce temps-là, on ne parle plus des affaires de corruption du Fidesz ni de l’état de la santé publique ou de l’éducation, sous-financés…" Plusieurs partis d’opposition et ONG appellent au vote nul ou au boycott pour éviter d’atteindre le quorum. Pour autant, le parti des libéraux joue la carte de la dissidence et fédère autour du "oui" pour rester dans l’Union européenne, quitte à diviser un peu plus le camp anti-Orbán sur la stratégie à adopter… "Ce scrutin n’aura aucune conséquence légale même s’il est rendu valable, ce dont je ne doute pas l’instant. En revanche, la sortie de la Hongrie de l’UE serait dramatique", explique Péter Josfvai, artiste, qui bien que plus proche des verts que des libéraux, glissera un vote positif.

Le parti du chien à deux queues contre-attaque

Aux gigantesques affiches commanditées par le gouvernement, répondent des posters sur fond gris qui imitent la précédente rhétorique gouvernementale "le saviez-vous?" mais la détournent par l’absurde et quelques rappels: "Il y a la guerre en Syrie" ou encore "un Hongrois moyen voit plus de soucoupes volantes dans sa vie que d’immigrés". Cette communication est le fruit d’une nouvelle collecte du parti du chien à deux queues ou MKKP, un parti parodique, qui s’était déjà illustré l’an dernier par une campagne similaire.

"Un Hongrois moyen voit plus de soucoupes volantes dans sa vie que d’immigrés."

László Mészáros, escabeau à l’épaule, s’apprête comme ses pairs réunis ce soir-là dans un café alternatif de Budapest, à placarder de nouvelles affiches. Ce père de famille "excédé par le discours de haine que diffuse le gouvernement", votera nul. "Cette haine ne va pas partir de sitôt or moi, je souhaite pour mes enfants une société solidaire, qui respecte les valeurs européennes." Pour autant, cet informaticien juge la clôture nécessaire "si l’Europe veut conserver sa culture".

Márton Vincze, 26 ans, diplômé en relations internationales s’inquiète lui aussi d’un tel différentiel culturel: "Je n’ai rien contre les autres cultures mais l’islam du Moyen-Orient ne fait pas partie de la culture hongroise. Ces gens auraient trop de mal à s’intégrer chez nous. La plupart sont des migrants économiques qui espèrent profiter des aides sociales, là où elles sont le plus élevées, en Allemagne ou en Scandinavie." Il votera non ce dimanche.

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