Marie Doutrepont, avocate: "J'ai honte d'être européenne"

Des candidats réfugiés bloqués à Moria, sur l'île de Lesbos (Grèce) protestent contre les conditions déplorables dans lesquelles ils sont maintenus ©AFP

La crise migratoire n’est pas finie. Des milliers de migrants continuent à arriver en Italie. D’autres sont bloqués sur les îles grecques, dans l’enfer de camps improvisés.

Moria, sur l’île grecque de Lesbos, n’a rien de paradisiaque. Des tentes de fortune, une nourriture infecte. Des grillages pour tout horizon. C’est dans cet enfer que deux mille hommes, femmes et enfants attendent une décision des autorités grecques sur leur statut de réfugié.

Après la signature de l’accord entre l’Europe et la Turquie, en mars 2016, plus de 16.000 personnes se sont retrouvées bloquées sur les îles grecques. L’Union européenne a créé sur place des "hotspots" pour enregistrer les demandes d’asiles.

Quelles y sont les conditions de vie et d’accueil? Les journalistes ne sont pas admis dans ces camps gardés par l’armée. Marie Doutrepont, une avocate belge en mission à Moria, a accepté de témoigner pour L’Echo.

"Le plus frappant, c’est l’absence d’aide juridique. La plupart ne comprennent rien à ce qui leur arrive."
marie doutrepont
avocate

Dans l’enfer de Moria

"Les conditions de vie à Moria sont épouvantables. Quand j’y pense, j’ai honte d’être européenne, dit-elle. Le plus frappant, c’est l’absence d’aide juridique. Ils ont de la nourriture, un logement. Mais pas d’aide juridique. La plupart ne comprennent rien à ce qui leur arrive."

©Hollandse Hoogte / Piet den Blanken

Les candidats réfugiés arrivent souvent dénués de tout. "Les passeurs les obligent à jeter leurs effets personnels durant la traversée pour éviter de chavirer, ajoute Marie Doutrepont. Certains débarquent à Lesbos avec une balle dans la jambe parce qu’ils ont refusé de faire la traversée après avoir vu le bateau gonflable. Mais le passeur veut son argent, alors il les force à monter en leur tirant dessus."

Au "hotspot", le traitement des demandes d’asile est surréaliste. "Ils doivent produire un document imprimé, mais on ne met pas d’imprimante à leur disposition. C’est le règne de la débrouille."

Dès qu’un nouvel arrivant a mis les pieds sur l’île, il passe un check-up auprès d’un médecin grec. En vingt minutes, il est décidé si la personne est vulnérable ou pas. La vulnérabilité détermine l’urgence et l’issue de la demande. Mais à Lesbos, cela ne change pas grand-chose. Les autorités grecques ont décidé de détenir les personnes vulnérables avec les autres dans le camp. "Toute personne arrivant à Lesbos commence par 25 jours de détention à Moria, quel que soit son état physique."

Soins insuffisants

"Yasmine, une femme que j’ai entendue, s’est plaint d’avoir été violée dans son pays d’origine, mais on a refusé de l’examiner, explique Marie Doutrepont (photo). Contre l’avis de MSF, le médecin grec a jugé qu’on ne pouvait plus rien prouver. Elle a été enfermée dans le camp, majoritairement composé d’hommes, où des viols ne sont pas rares la nuit venue."

Les soins médicaux dispensés à Moria sont minimalistes. "On ne leur donne que du Paracétamol, qu’ils soient malades, blessés ou mutilés, dit-elle. Adèle a a eu le dos ouvert en Afrique, elle avait été sommairement recousue avec des agrafes. En Grèce, elle n’a reçu aucun soin approprié. Trois semaines après son arrivée, elle attendait toujours la réponse à sa demande d’asile, avec des antidouleur pour traitement."

Les candidats réfugiés sont entendus dans des conditions pénibles. "Les auditions se font dans des containers surchauffés, entourés de barbelés, ce qui n’a rien d’optimal, ni pour les migrants ni pour les fonctionnaires." Les autorités grecques sont dépassées.

Un arrivant sur quatre obtient un statut de réfugié et peut rejoindre le continent. "S’ils n’avaient pas un minimum d’aide de la part de bénévoles, ils ne seraient que 12% à obtenir leur statut, alors que leur condition de vulnérabilité leur en donne le droit."

Le statut de réfugié est le début d’une nouvelle traversée du désert. "On ne leur explique rien. Certains sont tout heureux de recevoir une aide, de 95 euros par mois, mais on ne leur dit pas où ils doivent aller, ni ce qu’ils doivent faire pour s’intégrer."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content