Migrants: l'Europe débloque une aide d'urgence de 700 millions

A la frontière gréco-macédonienne. ©ANP

Pour la première fois de son histoire, l’Union européenne va octroyer une aide humanitaire d’urgence sur son propre territoire. Un montant de 700 millions d’euros ira, en priorité, à la Grèce et aux pays des Balkans.

La Commission européenne a décidé de fournir une aide humanitaire d’urgence dans les pays où arrivent les réfugiés afin de faire face à la crise migratoire.

Pas moins de 700 millions d’euros seront débloqués en trois ans, soit 300 millions cette année et 200 millions en 2017 et 2018.La décision doit encore être avalisée par le Conseil européen à la majorité qualifiée, ce qui devrait être fait lors du Sommet européen extraordinaire du 7 mars.

C’est une première dans l’histoire de l’Europe: cette aide sera envoyé à des pays européens. Jusqu’ici, l’aide humanitaire était destinée aux pays tiers, principalement en Afrique et au Moyen orient. La Grèce, où arrivent chaque jour deux à trois mille migrants, recevra la plus grande partie de cette aide. Mais d’autres pays de la région des Balkans pourraient aussi en bénéficier.

"Que ce soit aux antipodes ou à nos frontières, nous devons nous préparer à assurer la dignité de ceux qui sont dans le besoin", dit le commissaire européen chargé de l’Aide humanitaire et de la Protection civile, Christos Stylianides.

Christos Stylianides, commissaire européen. ©EPA

Cette aide ira aux organisations humanitaires œuvrant sur place et reconnues par la Commission, après l’accord de l’État concerné. Concrètement, elle pourrait se traduire par des biens en nature, des coupons ou de l’argent versé aux réfugiés.

HÂTER LES RETOURS

C’est une aide directe, et la Commission de demande rien en échange. Mais il est clair que l'Union européenne attend que la Grèce hâte les opérations de retour des réfugiés vers la Turquie et de relocalisation. Nul doute que cette aide pèsera dans la balance lors du sommet du 7 mars prochain.

Plus de 25.000 migrants, la plupart en provenance de Turquie, sont aujourd’hui sur le sol grec. "Leur nombre augmente de 2 à 3.000 par jours" dit une porte-parole de la Commission. 

Athènes a estimé récemment qu’elle pourrait avoir besoin d’environ 500 millions d’euros pour organiser l’accueil des réfugiés. "Pour la première fois de son histoire, l’Europe est confrontée à des besoins humanitaires d’ampleur à l’intérieur de ses frontières", dit une source de l’Union européenne.

L’argent sera puisé dans le budget de l’Union européenne, qui s’élève à 155 milliards d’euros. "Un budget rectificatif sera présenté dans deux semaines", ajoute cette source. "Nous n’allons pas ponctionner sur les postes de l’aide destinée aux pays tiers".

VERS UN MECANISME PERMANENT

Cette aide intra-européenne de 700 millions d’euros est une opération unique. Mais la Commission réfléchit à un mécanisme permanent qui facilite ce genre d’intervention sur son territoire.

"C’est une brèche qui subsiste dans nos textes. Nous allons tout faire pour mettre en place un système qui permettra de faire face aux crises humanitaires"

©EPA

10.000 MIGRANTS BLOQUES

A la frontière gréco-macédonienne. Athènes, confrontée à une situation dramatique à sa frontière avec la Macédoine, où quelque 10.000 migrants sont bloqués par les restrictions imposées par les pays voisins, a évalué ses besoins à 480 millions d'euros pour organiser l'accueil de 100.000 réfugiés.

Skopje a rouvert brièvement dans la nuit de mardi à mercredi sa frontière et laissé passer environ 170 réfugiés Syriens, selon les autorités locales grecques. En fin matinée, un autre groupe d'une vingtaine de réfugiés a été autorisé à traverser la frontière avant que celle-ci ne soit à nouveau fermé, selon un journaliste de l'AFP.

©REUTERS

Il s'agit des premiers groupes de migrants autorisés à traverser cette frontière, point de passage de la route des Balkans à destination des pays de l'Europe du Nord, depuis des incidents survenus lundi entre des migrants et des policiers macédoniens.

Lors d'une visite à Madrid, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a à nouveau dénoncé mardi soir les restrictions imposées aux migrants aux frontières dans les Balkans, qui ne "sont pas conformes au droit international ou à la décence humaine".

  • Selon le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), plus de 131.000 migrants sont arrivés en Europe par la Méditerranée depuis début janvier, davantage que pour les cinq premiers mois de 2015.
  • En première ligne, la Grèce, qui abrite actuellement 23.000 migrants, a prévenu mardi qu'elle n'était "pas en mesure de faire face à l'ensemble des réfugiés qui arrivent".

 

♦ Et maintenant? La Commission européenne a appelé les Etats membres et le Parlement européen, autorités budgétaires de l'UE, à soutenir "rapidement" sa proposition de budget humanitaire intra-européen, qui doit combler un "vide".

 

La Grèce reçoit déjà des fonds. La Grèce a déjà pu recevoir ces derniers mois des fonds européens, mais l'UE ne dispose pas d'un outil budgétaire lui permettant de répondre spécifiquement et dans l'urgence à des besoins humanitaires dans un Etat membre, comme elle peut le faire en faveur de pays tiers.

→ Pour tenter de mettre fin à la cacophonie européenne, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a entamé mardi à Vienne une tournée dans les Balkans et se rendra jeudi et vendredi en Turquie, avant un sommet extraordinaire européen le 7 mars à Bruxelles auquel assistera Ankara.

©REUTERS

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