Un an de crise politique migratoire en Europe

©REUTERS

Retour en image sur un an de crise politique migratoire en Europe. En septembre 2015, la photo du corps sans vie du petit Aylan, enfant syrien retrouvé noyé sur une plage turque, faisait le tour du monde et choquait l'Europe.

Dans l'année qui suit la publication de la photo du petit Aylan, une phase éphémère d'ouverture des frontières sous l'impulsion de l'Allemagne émerge, suivie de près par une rafale de mesures restrictives dans l'Union européenne.

Aylan, symbole du drame des migrants

Setembre 2015 - La photo du petit Aylan, 3 ans, échoué sur une plage en Turquie, fait le tour du monde. ©AFP

Le 2 septembre 2015, une embarcation surchargée de réfugiés syriens qui tentait de rallier l'île grecque de Kos, porte d'entrée dans l'Union européenne, chavire au large de la station balnéaire huppée de Bodrum (sud de la Turquie). Le jeune Aylan Kurdi, sa mère et son frère, ainsi que neuf autres réfugiés syriens périssent dans le naufrage. Les images du corps de l'enfant de trois ans, gisant face contre terre sur une plage, provoquent une onde de choc à travers le monde.

Bienvenue en Allemagne

Septembre 2015 - Un demandeur d'asile prend un selflie avec la chancelière allemande, à la sortie d'un centre d'accueil à Berlin. ©AFP

Ne pas confondre :
  • Un migrant est une personne qui a quitté son pays pour de multiples raisons, et ce de façon temporaire ou permanente
  • Un réfugié est une personne qui a quitté son pays par crainte d'être persécuté à cause de sa race, de sa religion, de sa nationalité, ... Le statut de réfugié lui a été reconnu, conformément à la Convention de Genève
  • Un demandeur d'asile est une personne qui a quitté son pays et qui n'a pas obtenu le statut de réfugié. Elle cherche une protection internationale en introduisant une demande d'asile. Elle ne peut pas être renvoyée de force dans son pays pendant la procédure
  • Un sans papier est une personne en situation irrégulière, qui ne possède plus/pas les documents requis pour séjourner sur le territoire

Alors que l'Europe connaît une de ses pires crises de politique migratoire, Berlin assouplit ses règles d'accueil pour les ressortissants syriens, renonçant à les renvoyer vers leur point d'entrée en Europe. L'Allemagne, qui accueillera au total 1,1 million de demandeurs d'asile en 2015, voit arriver plus de 20.000 migrants le seul weekend du 5 au 6 septembre. Dans une décision sans précédent, l'Autriche a accepté la veille, en concertation avec Berlin, de faciliter l'accueil et le transit vers l'Allemagne de milliers de migrants coincés en Hongrie, qui a vu affluer en août quelque 50.000 personnes.

La chancelière Angela Merkel appelle ses partenaires européens à ouvrir plus grand leurs portes aux dizaines de milliers de réfugiés qui "se pressent aux portes de l'Europe". Après moult tergiversations, la France s'engage à accepter 24.000 réfugiés en deux ans, le Royaume Uni 20.000 Syriens sur cinq ans.

Volte-face de Merkel

Octobre 2015 - Des réfugiés attendent à un poste de contrôle près de la frontière austro-allemande. ©EPA

L'Allemagne réintroduit le 13 septembre les contrôles à ses frontières pour "contenir" l'afflux de dizaines de milliers de réfugiés arrivant des Balkans, suspendant la libre circulation dans l'espace européen. La volte-face intervient alors que Mme Merkel est confrontée à des problèmes logistiques et à la grogne de son propre camp politique.

Durcissement à l'Est

En septembre 2015, l'Allemagne et la France ont convenu que l'Union européenne , face à la crise des migrants, devrait imposer un principe de « quotas contraignants » pour l’accueil des migrants par les pays de l’Union européenne. ©AFP

La décision de Berlin de contrôler ses frontières fait rapidement des émules, au premier rang desquels les pays de l'Est qui rejettent depuis des semaines l'idée allemande de quotas de répartition des réfugiés entre les 28 membres de l'UE.

L'Autriche, la République tchèque, la Slovaquie, pays de transit, rétablissent les contrôles frontaliers. La Hongrie et la Slovénie, principaux pays d'entrée dans la zone Schengen, érigent des clôtures de barbelés.

Novembre 2015 - Des membres de l'armée slovène érigent une barrière de barbelés à la frontière entre la Croatie et la Slovénie. ©EPA

Partisan d'une ligne dure, le Premier ministre hongrois Viktor Orban, met en place une nouvelle législation permettant un déploiement de l'armée à la frontière et rendant l'immigration illégale passible de peines de prison ferme. Il annoncera en juillet un référendum, prévu le 2 octobre prochain, contre le plan de répartition des migrants dans l'UE. Plusieurs pays d'Europe orientale et des Balkans fermeront en février 2016 leurs frontières aux migrants, notamment la Macédoine, la Slovénie, la Serbie et la Croatie.

Des migrants franchissent une frontière, en Hongrie. ©REUTERS

1 million de migrants arrivés en 2015

35.476
C'est le nombre de demandes d'asile que la Belgique a enregistré en 2015. Elle en avait enregistré 42.691 en 2000.

Un million de migrants sont arrivés en Europe en 2015, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). Une goutte d'eau dans l'océan, quand l'on sait que l'UE compte plus de 508 millions d'habitants. 

Selon Amnesty International, "la majorité des migrants se trouvent dans les pays du sud. Ceux qui fuient des conflits se trouvent en grande partie dans les pays limitrophes, lesquels ont des ressources souvent très limitées. Pour ne citer qu’un exemple, 4,8 millions de réfugiés syriens se trouvent dans des pays voisins à la Syrie (et 7,6 millions sont des déplacés internes). Le Liban accueille près de 1,2 million de personnes, ce qui représente environ une personne sur cinq dans le pays."

Accord fragile avec la Turquie

En mars 2016, l'UE et la Turquie concluent un accord controversé prévoyant le renvoi de tous les migrants et demandeurs d'asile arrivés en Grèce depuis le 20 mars. Depuis, le nombre de migrants transitant par les Balkans et l'Europe centrale a décru. Mais cet accord est aujourd'hui compromis, la Turquie menaçant de le dénoncer si elle n'obtient pas de Bruxelles la libéralisation des visas pour ses citoyens. La majeure partie du flux qui arrive en Europe passe désormais par l'Italie.

Une crise migratoire ? non.
Une crise politique ? oui.

Selon la Coordination et Initiatives pour Réfugié et Etrangers (CIRE), "l’"invasion" de l’Europe par les migrants est une illusion, renforcée par les dispositifs sophistiqués de fermeture et de surveillance des frontières (murs, barbelés...), ainsi que les milliards d'euros qui y sont consacrés. L'Europe serait-elle menacée, pour se barricader ainsi? La réponse est non, mais des intérêts électoraux et économiques poussent certains dirigeants européens à le laisser croire."

Amnesty International appuie ce propos:"Les pays européens ont déjà connu des arrivées massives de réfugiés dans le passé: l’Allemagne avait déjà enregistré plus de 438.000 demandeurs d’asile en 1992, la plupart fuyant la guerre en ex-Yougoslavie."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content