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"Un crash test pour l'Europe"

©REUTERS

L'Europe n'en finit plus de tâtonner. Les 28 Etats membres de l'UE, réunis lundi à Bruxelles, ne sont pas parvenus à un accord unanime sur la répartition de 120.000 réfugiés supplémentaires pour faire face à l'afflux de demandeurs d'asile. Berlin propose un moyen de pression pour faire plier les pays réfractaires aux quotas de répartition.

L'Europe n'est plus unie, elle est divisée.
Antonio Guterres
Haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés

"Notre réponse à la crise des migrants va définir notre histoire en tant qu'Européens. C'est un "crash test" pour l'Europe, a estimé Dimitris Avramopoulos, le commissaire européen chargé du dossier, lors d'une audition devant le Parlement européen à Bruxelles.

500.000
C'est le nombre de migrants dénombrés aux frontières extérieures de l'Union européenne entre janvier et août de cette année, contre 280.000 pour l'ensemble de 2014. Des chiffres records ont été enregistrés pendant cinq mois consécutifs, dont 156.000 migrants entrés dans l'UE en août.

"L'Europe n'est plus unie, elle est divisée", et cela "provoque d'énormes souffrances" et donne "une terrible image de l'Europe" dans le monde, a fustigé de son côté le haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Antonio Guterres, qui intervenait également devant les parlementaires.

Les deux responsables ont fait part de leur déception après l'échec d'une réunion des Etats membres de l'UE lundi. "Ce n'est pas une question d'argent, de chiffres, mais de dignité, de respect de l'être humain, des valeurs et principes sur lesquels chaque Européen a bâti son rêve", a dit le commissaire européen. "Hier soir, je suis ressorti particulièrement déçu, j'attendais plus des Etats membres (...) mais la Commission est déterminée et va aller de l'avant", a-t-il ajouté. "Nous allons revenir à la charge".

©© Art Widak/Demotix/Corbis

Pour Antonio Guterres, le patron du HCR, "une Europe qui accueille les Syriens est quelque chose qui aide à vaincre l'Etat islamique". Mais "une Europe qui rejette les Syriens, en particulier parce qu'ils sont musulmans, est quelque chose qui aide la propagande de l'Etat islamique". Face à la "situation d'urgence" des réfugiés, il s'est étonné de voir les Etats européens programmer leur prochaine réunion sur la question le 8 octobre, appelant les pays volontaires à s'engager sans tarder dans une répartition des réfugiés. Il a estimé que la fermeture par la Hongrie de sa frontière avec la Serbie allait provoquer une "situation d'urgence en Serbie", à l'approche de l'hiver. "Nous devons avoir des centres d'accueil en Serbie et commencer la relocalisation (des réfugiés) à partir de la Serbie", qui "va être un point de concentration".

Berlin et Vienne réclament un sommet extraordinaire de l'UE la semaine prochaine. La Chancelière allemande avance que l'Allemagne, la Suède et l'Autriche ne peuvent supporter la crise des migrants à eux trois.


• Retour sur la réunion de lundi

Les ministres de l'Intérieur d'une Union européenne fortement divisée n'ont pas réussi à se mettre d'accord à Bruxelles sur un système de répartition des réfugiés, tandis que certains pays rétablissaient le contrôle à leurs frontières.

Dimitris Avramopoulos, commissaire européen à l'Immigration, entouré de la ministre de l'Intérieur autrichienne et de la responsable suisse de la justice et de la police. ©Photo News

A l'issue de six heures de réunion, les ministres ont trouvé un accord de principe à minima et à la majorité simple pour se répartir 120.000 demandeurs d'asile supplémentaires arrivés ces derniers mois en Italie, en Grèce et en Hongrie, en plus des 40.000 acceptés en mai sur la base d'une répartition volontaire.

Mais l'adoption du détail de la répartition pays par pays a été renvoyé à la prochaine réunion des ministres de l'Intérieur, le 8 octobre.

• Le problème

A la frontière serbo-hongroise. ©EPA

Plusieurs anciens pays communistes d'Europe centrale se sont montrés fermement opposés à un système de quotas contraignants pour organiser l'accueil des réfugiés.

La Hongrie, l'un des trois principaux pays d'accès à l'espace européen avec l'Italie et la Grèce, a fermé lundi l'un des principaux points de passage utilisés par les migrants entre la Serbie et le territoire hongrois, à quelques heures de l'entrée en vigueur de nouvelles règles restreignant le franchissement de sa frontière. Et ce mardi, l'entrée de migrants de Serbie vers la Hongrie est totalement bloquée au passage officiel de Röszke.  Et la Hongrie prévoit aussi une clôture anti-migrants à sa frontière avec la Roumanie.

Lundi, l'Autriche et la Slovaquie, emboîtant le pas à l'Allemagne qui avait fait de même dimanche, ont annoncé le rétablissement des contrôles à leurs frontières.

• Et la Belgique?

Le secrétaire d'Etat belge à l'Asile et à la Migration, Theo Francken, a pour sa part cité la présidence luxembourgeoise de l'UE qui a conclu qu'il existait "une large majorité" d'Etats-membres en faveur de la proposition de relocalisation de 120.000 réfugiés présentée par la Commission européenne. Il a également demandé que la réunion du 8 octobre à Luxembourg soit avancée en raison de l'acuité de la crise, évoquant la possibilité d'un vote afin de conclure un accord - et de mettre les pays réticents en évidence. Selon Francken, "quatre ou cinq pays" d'Europe de l'Est s'opposent encore à l'idée de quotas pour un accueil équitable des réfugiés en fonction de différents critères. Son interview en cliquant ici

L'Allemagne propose...

Le ministre de l'Intérieur allemand, Thomas de Maizière, a évoqué la possibilité de réduire les fonds structurels versés par l'Union européenne aux pays qui rejettent l'idée de quotas de répartition des réfugiés, après l'échec de cette réunion européenne.

"Nous devons parler de moyens de pression", a-t-il dit à la chaîne allemande ZDF. Les pays qui refusent la répartition par quotas "sont des pays qui reçoivent beaucoup de fonds structurels" européens, a-t-il justifié, trouvant "juste qu'ils reçoivent moins de moyens", et disant reprendre une proposition du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.  Mais la Commission européenne a démenti être favorable à ctte formule, contrairement aux déclarations de Berlin.

©MEDIAFIN

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