Un drame humanitaire se prépare dans les Balkans

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Situés sur la route de milliers de réfugiés affluant de Turquie et de Grèce vers l’Allemagne, les pays des Balkans sont dépassés par la crise migratoire. Les tensions entre la Croatie, la Slovénie, la Serbie et la Hongrie vont croissantes. Ces pays, ayant peu d’expérience de l’immigration, réagissent le plus souvent de manière musclée et sans se concerter à l’arrivée des réfugiés, provoquant un chaos dans la région.

"Sur toute la ligne, le manque de coordination est frappant", dit Médecins du Monde. "Avec le manque d’aide humanitaire et l’hiver approchant, c’est un drame humanitaire qui se profile." Selon les chiffres les plus récents – datant du 19 octobre – obtenus par "L’Echo", les Etats européens n’ont toujours pas réalisé les promesses de dons auxquels ils s’étaient engagés pour assurer une aide humanitaire suffisante.

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Lors du sommet du 23 septembre dernier, les dirigeants européens s’étaient engagés à accroître leur aide à l’ONU et aux fonds humanitaires pour les migrants venant de Syrie et d’Afrique. Ils avaient promis 2,8 milliards d’euros. Il manque 2,3 milliards (voir infographie sur les principales promesses de don à ce jour). La Belgique n’est pas parmi les plus généreux. Un mois après cette promesse, à peine 474 millions d’euros ont été récoltés. L’argent ira en priorité au Haut-commissariat aux réfugiés.

La Slovénie dépassée

Hier, c’était autour de la Slovénie d’appeler à l’aide. Cet État, l’un des plus petits de l’Union européenne, a accueilli depuis samedi plus de 20.000 réfugiés. C’est plus que le quota de 2.500 par jour prévu par le gouvernement. En réaction, les autorités ont décidé de déployer l’armée à la frontière et menacent, à l’instar du voisin hongrois, d’y dresser une clôture.

Le premier ministre slovène Miro Cerar s’est rendu en urgence à Bruxelles pour rencontrer le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. "Nous sommes disposés à aider tous les États qui feraient face à une pression migratoire soudaine", dit une porte-parole de l’exécutif européen. Sous quelle forme? La Commission n’avait pas de réponse.

Sur les 643.000 migrants qui ont rejoint l'Europe par voie maritime depuis le début de l'année, plus de 500.000 sont passés par la Grèce, selon des chiffres de l'ONU publiés mardi. ©EPA
La Slovénie, l'un des plus petits pays européens, se trouve à son tour en première ligne et "dépassée" par l'arrivée de milliers de migrants exténués et frigorifiés, qui précèdent une nouvelle vague de candidats à l'asile partis de Turquie. ©EPA
Le parlement slovène a donné de nouvelles compétences à l'armée, appelée à aider la police à faire face à l'afflux de migrants à la frontière, et a demandé une aide financière à l'Union européenne, au cours d'une session extraordinaire qui s'est tenue jusqu'à mercredi à l'aube. ©EPA
Les autorités croates sont elles-mêmes aux prises avec un afflux considérable de migrants remontant la route des Balkans à partir de la Grèce où le nombre des arrivées a "recommencé à augmenter radicalement", avec quelque 8.000 ces dernières 24 heures, selon une source policière. ©AFP
Le gouvernement slovène, selon lequel près de 19.500 migrants sont entrés sur son territoire depuis samedi, en a appelé au soutien de l'UE qui peine depuis l'été à se mobiliser pour faire face à cette situation sans précédent. ©AFP
Une famille afghane arrivée en pleine la nuit à la frontière entre la Croatie et la Serbie après 25 jours de route. Son intention est de rejoindre la Norvège. ©Photo News
Des centaines de migrants, arrivés en train, avançaient en file indienne, parfois emmitouflés dans des couvertures, les chaussures crottées, selon les journalistes sur place. ©Photo News
Aux deux extrémités de la route qui mène vers l'Europe de l'Ouest, la situation est proche de la saturation. La Grèce est confrontée ces derniers jours à "un pic dans les arrivées", selon le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) de l'ONU, tandis que la Slovénie s'est dite "dépassée" par le flux. ©REUTERS
Dans un poste de la Croix-Rouge à la frontière croate, deux affiches réunissent une série de photos montrant des personnes disparues. ©Photo News
Après la fermeture par la Hongrie de sa frontière avec la Croatie, les migrants passent désormais par ce petit pays de deux millions d'habitants qui a décidé d'étendre de façon exceptionnelle les prérogatives de l'armée. ©REUTERS

Effet domino

La Hongrie, qui fait cavalier seul depuis le début de la crise, a fermé ses frontières avec la Croatie. L’effet domino a été immédiat. Les réfugiés, ne pouvant plus passer sur son territoire pour se rendre en Allemagne, se sont détournés vers la Slovénie avec l’intention de rejoindre l’Autriche.

Lundi, huit mille réfugiés ont franchi la frontière slovène. Plus de la moitié sont passés à travers la nature, les lieux de passage officiels étant encombrés. Ils ont marché dans la campagne froide et boueuse. Certains enfants étaient pieds nus, selon les témoins. Des cas de grippe et de fièvre ont été enregistrés.

La Slovénie affirme qu’elle n’était pas au courant de leur arrivée. Elle reproche à son voisin croate de ne pas l’avoir informée. Mais le même jour, la Croatie devait, elle-même, faire face à l’arrivée de 8.000 migrants venant de Grèce.

La situation pourrait s’aggraver. Mardi, un afflux inhabituel de 10.000 migrants a été enregistré à la frontière grecque, en provenance de Turquie. En cause? La peur des migrants de voir les frontières se fermer en Europe, selon l’ONU. De plus, suite à la fermeture des frontières, plus de 2.000 migrants se retrouvent bloqués dans un "no man’s land" entre la Serbie et la Croatie.

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