"À Bruxelles, Cambio pourrait faire fois quatre dans les dix ans à venir"

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Il a démarré en 2002 à Namur, avec quelques voitures. Frédéric Van Malleghem les nettoyait lui-même, entre les contacts avec les clients et les négos avec les politiques pour obtenir des places de stationnement. "Beaucoup pensaient qu’on n’allait pas passer le cap des deux ans. Cambio est devenue une success story qui influence pas mal de monde." Il dirige aujourd’hui Cambio Bruxelles: 412 voitures partagées, 135 stations, 12.000 utilisateurs.

Cambio a trouvé sa place à Bruxelles. Vous en diriez autant pour la Flandre et la Wallonie?

Cambio a aussi un potentiel dans les plus petits centres urbains, mais la croissance est moindre, elle vient lentement. Normal: la dépendance à la voiture est plus grande parce que les déplacements imposant la voiture sont plus nombreux. Mais nous allons continuer à nous développer dans la plupart des villes de plus de 10.000 habitants en Belgique. En bon père de famille: si on force les choses, il y a moyen de perdre très vite beaucoup d’argent. Ceci dit, la croissance est très forte actuellement en Flandre.

Les entreprises jouent-elles le jeu?
Oui, 35% de nos déplacements sont professionnels. Quand on pense aux entreprises, on pense aux grosses boîtes mais il y a un tissu énorme de PME et d’indépendants, qui utilisent beaucoup Cambio.

"J’aurais adoré qu’Uber soit légal et fasse un carton." FREDERIC VAN MALLEGHEM Directeur de Cambio Bruxelles

À Bruxelles, vous faites 4,1 millions d’euros de chiffre d’affaires (2015) pour 259.000 euros de bénéfice net. C’est lucratif, Cambio…
Ce qui est intéressant, c’est que tous les bénéfices ont toujours été réinvestis dans le développement, soit en interne, soit via d’autres entreprises à côté. Les actionnaires n’ont pas recherché un retour direct sur investissement en cash mais en impact sociétal.

Quelle est la valeur de Cambio Bruxelles aujourd’hui?
Probablement plus de 6 millions d’euros.

Avec environ 400 voitures, Cambio reste faible dans le total des trajets des Bruxellois, non?

CV
  • Né en 1971 à Soignies.
  • Gradué en marketing à l’Ephec. Diverses formations à la Solvay Business School.
  • Directeur de Cambio Bruxelles depuis les débuts en 2003. Administrateur délégué de Taxistop, l’ASBL qui a lancé Cambio.
  • Cambio Bruxelles est une S.A. détenue à 49% par la Stib et à 51% par Cambio Belgique (elle-même détenue par Taxistop, Cambio Allemagne, la SNCB et VAB).
  • Cambio Wallonie (où les TEC ont 25%) et Cambio Vlaanderen (où De Lijn détient 65%) sont les entités sœurs de la structure bruxelloise.

Nous avons 20.000 trajets par mois. Quantitativement c’est peu, mais chaque fois que vous mettez 3 voitures Cambio dans un quartier, vous en retirez 40. En termes de déplacement et de gestion de la mobilité urbaine, ces 400 voitures en remplacent 6.000. Elles ont un impact visible et direct. Ça permet de diminuer le taux de possession des véhicules qui est déjà faible chez les Bruxellois.

Dans trois ans, où en serez-vous?
Il y a encore un gros potentiel à Bruxelles. On pourrait faire fois quatre dans les dix ans à venir, c’est un objectif tout à fait réaliste. Cette année, on a rajouté 80 voitures. Et en 2017 on va rajouter 100 voitures, donc 35 stations. Mais nous seront probablement plus les seuls acteurs. Ça va bouger, c’est sûr.

La concurrence est déjà là: il y avait Zen Car, il y a maintenant aussi DriveNow, Zipcar.
Oui et ce sont de gros acteurs. Derrière DriveNow, il y a BMW, derrière Zipcar, il y a Avis, Ubeeqo c’est Europcar, car2go pourrait arriver et là, c’est Daimler.

Big boss

Ils ont tout à gagner et vous, tout à perdre, non?
Ce sont des acteurs globaux, ils se positionnent partout dans le monde avec un même modèle. Ils font un autre métier: ils visent une niche de population de centre urbain plutôt aisée pour des déplacements courts. À côté de cela, il existe un marché énorme, plus local et plus complexe, qui permet à des acteurs comme Cambio de grandir et même de profiter de la visibilité que ces nouveaux venus donnent au carsharing.

Quelles zones de la ville allez-vous privilégier pour votre développement?
On veut être partout à Bruxelles et avoir une station Cambio tous les 400 mètres. Cambio, c’est la voiture de tous les Bruxellois. DriveNow et Zipcar ne vont pas à l’Ouest de Bruxelles. Notre différence, c’est que nous sommes un service pour tout le monde, partout. Les concurrents visent les jeunes, les trendsetters avec un smartphone dernière génération et une carte de crédit. C’est une niche rentable. Mais il subsiste tout le reste du marché qui est énorme.

LES PHRASES CLÉS

"Nous allons continuer à nous développer dans la plupart des villes de plus de 10.000 habitants en Belgique."

"35% de nos déplacements sont professionnels."

"DriveNow et Zipcar ne vont pas à l’ouest de Bruxelles. Ils visent une niche de population de centre urbain plutôt aisée et pour des déplacements courts. Cambio, c’est pour tout le monde."

"Cambio Bruxelles vaut probablement plus de 6 millions d’euros."

Ça ne vous mange pas des clients?
Jusqu’ici, non. On remplit des fonctions différentes. Avec l’arrivée de concurrents, il a fallu fixer un cadre légal. Cela a bloqué Cambio pendant 2 ans et c’est pour cela que maintenant, on réinvestit massivement dans les voitures et les stations.

DriveNow et Zipcar fonctionnent en free floating: vous déposez la voiture où vous voulez, vous ne devez pas la ramener où vous l’avez prise comme chez Cambio. Votre modèle n’est-il pas dépassé?
L’arrivée du free floating est bonne chose, ça augmente la qualité de vie en ville, ça a un côté confortable et puis ça permet de faire un choix. Mais vu le pricing, ce n’est intéressant que pour les trajets courts. Il n’y a par exemple pas la possibilité de réserver trois jours à l’avance pour partir en weekend. Bref, en termes de mobilité, ce n’est pas la panacée. On ne remplit pas la même fonction. La fonction de Cambio, c’est de satisfaire au quotidien tous les besoins de déplacement qui ne peuvent pas être satisfaits en transports en commun, à pied, en vélo.

Le free floating n’a pas non plus la même vision du marché avec de la multimodalité.

Et je n’ai pas vu de chiffres publiés et validés qui démontraient qu’une société de free floating avait déjà été rentable.

Votre concurrent principal aurait été Uber?
J’aurais adoré qu’Uber soit légal et fasse un carton, parce qu’avec Cambio plus Uber, plus besoin d’avoir sa propre voiture. Uber pour les trajets courts, Cambio pour les trajets plus longs: quelle belle complémentarité!

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