La taxe qui supprimerait les embouteillages…

©BELGA

L'heure de pointe est un enfer sur les routes belges. Des chercheurs proposent une solution: une taxe "super intelligente" qui, en modulant le coût selon un horaire très précis, pousserait les automobilistes à avancer ou retarder leur voyage, afin de mieux répartir la circulation durant les heures critiques. Avec ce système, il n'y aurait théoriquement plus de files...

La taxe kilométrique intelligente, on connaissait déjà. Il y a un an, le gouvernement flamand avait décidé de l'instaurer sur son territoire, avant de la laisser tomber un peu avant les élections. En substance, le projet consistait à faire payer les automobilistes plus cher en heure de pointe.

Voici maintenant la tarification routière super intelligente, ou "superslim" comme l'appelle la KULeuven qui vient de publier une étude sur le sujet. Dans ce système, il s'agit de moduler le paiement à l'intérieur même des heures de pointe. Le prix serait plus élevé durant le pic. Par exemple, s'il l'on considère que les heures de pointe du matin vont de 7h10 à 9h10, les usagers ne payeraient pas en dehors de ces heures. Et à l'intérieur de cette tranche, ils payeraient de plus en plus cher à l'approche de 8h30. Le but est de décaler les heures de départ et donc d'arrivée des travailleurs en répartissant mieux le trafic pour éviter la congestion.  Le prix maximum serait de 6,66 euros.

Motiver les automobilistes à adapter leur horaire

La tarification super intelligente imaginée dans le modèle de Bruno De Borger (Université d'Anvers) et Stef Proost (KULeuven) fait correspondre les rythmes de départ et d'arrivée à 100 véhicules par minute, ce qui correspond à la capacité avant étranglement sur autoroute. Le rythme de départ pour ceux qui arrivent à 8h30 serait donc ralenti par un système de péage qui augmente plus on s'approche de cette heure. Pour ceux qui arrivent après 8h30, le prix diminuerait pour disparaître vers 9h10.

Avantages?

Outre la disparition des embouteillages grâce à la meilleure répartition des voitures dans le temps, l'étude voit un autre avantage: les travailleurs peuvent rester plus longtemps chez eux.

Le coût global du déplacement n'augmente pas, pour personne, selon les calculs de la KULeuven. Rouler sur des routes très encombrées coûte plus cher que si le trafic est fluide. Et ce prix à payer pour des embouteillages serait remplacé par ce système de taxe. Les recettes de ce péage pourraient être redistribuées aux automobilistes, notamment avec une diminution de la taxe de circulation, estiment les chercheurs.

Le problème? 

Mais avec ce système, les gens qui n'ont pas de flexibilité par rapport à leurs horaires devraient payer la taxe la plus élevée (même si au final le coût serait le même que sans cette taxe, insistent les chercheurs). Une sorte de discrimination qui pourrait faire capoter la prise en compte de cette solution au niveau politique. Les deux chercheurs coupent donc la poire en deux en proposant une "mini taxe super intelligente". Il s'agirait de diminuer le coût préconisé de 6,66 euros maximum à 3,33 euros pour les automobilistes qui arrivent entre 7h50 et 8h50. Moins efficace, mais cela ferait quand même diminuer les files de 75%.

Combien cela rapporterait-il? L'étude chiffre les revenus entre 400 et 900 euros par voiture concernée, une fois les frais administratifs déduits. Au final, ce moyen de taxation serait plus avantageux pour les utilisateurs que la taxe de circulation actuelle, argumentent Bruno De Borger et Stef Proost.

La KULeuven préconise d'appliquer ce système aux camions également.

Que veulent les négociateurs flamands?

Le CD&V a profité des négociations en vue de la formation d'une nouvelle majorité en Flandre pour remettre le projet de taxe kilométrique à l'ordre du jour. Celui-ci ne figure pas dans la note de Bart De Wever.

"Cette législature devrait voir la mise en oeuvre de la taxe au moins pour les camions légers", plaide un négociateur chrétien-démocrate flamand. "Il faut aussi réfléchir à son implémentation pour les voitures personnelles, éventuellement lors de la législature suivante."  Avec le succès du commerce électronique notamment, le réseau routier a été envahi de camions légers.

Mais la N-VA ne veut pour l'heure pas entendre parler d'une telle taxe kilométrique qui affecterait surtout les petits indépendants...

Les voitures de société, le casse-tête

Mais quid des voitures de société, nombreuses sur nos routes en heures de pointe? Le point est délicat à régler vu que la tarification routière est une matière régionale alors que le système des voitures de société dépend du fédéral. Pour que le système fonctionne, il faut que les travailleurs disposant d'un véhicule de société paient eux-mêmes la taxe, insiste l'étude.

Autre souci, la coordination entre les Régions. Pour rappel, la Wallonie n'est pas favorable à une taxe au kilomètre, mais à une vignette. Il faut de toute façon concertation entre les parties...

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