Des bus gratuits pour réduire les bouchons?

Les automobilistes seraient très peu sensibles à une gratuité des transports collectifs. ©BELGAIMAGE

Diverses expériences tentent à prouver que la gratuité des transports en commun ne pousse pas les automobilistes à laisser leur véhicule devant leur porte.

Concrètement, ça marche ce fameux transfert modal qui veut que les conducteurs abandonnent leur voiture pour les bus s’ils sont gratuits? La question est légitime et la réponse semble logique. Si les transports en commun sont gratuits, les gens vont les utiliser à la place de leur voiture. Facile, trop même. Car dans les faits, l’impact n’est que très faible. Le fameux report modal (changement de moyens de transport que tous espèrent de la voiture vers le bus) n’a pas lieu. (Presque) pire, ce sont les cyclistes et les piétons qui succombent aux sirènes des métros gratuits.

Actuellement, 96 villes et villages sont passés à la gratuité totale. En Europe, l’exemple le plus marquant reste celui de Tallinn, la capitale estonienne. Suite à un référendum populaire, la ville a adopté le tout gratuit en 2013. Trois ans plus tard, des travaux universitaires dressent leurs observations: le nombre de voiture a baissé de seulement 8%, et les embouteillages auraient diminué de 31%. Pas mal, certainement. Mais ce n’est pas non plus la solution miracle souvent avancée. Un constat assez paradoxal puisque ces transports gratuits ont accusé une énorme croissance de leur fréquentation.

A pied ou à vélo

D’où viennent tous ces gens? "On remarque que la hausse de fréquentation concerne surtout les piétons et les cyclistes qui se laissent tenter", explique Mathieu Strale, chercheur à l’ULB. Deux chercheurs de la KUL, Stef Proost et Ruth Evers, abondent dans le même sens: "Au lieu de convaincre les automobilistes de laisser leur voiture au garage, ce sont bien souvent les gens qui circulent à pied ou à vélo qui profitent de l’aubaine." La conclusion se fonde notamment sur l’exemple d’Hasselt, qui avait adopté la gratuité entre 1997 et 2014.

Au lieu de convaincre les automobilistes de laisser leur voiture, ce sont bien souvent les piétons et les cyclistes qui profitent de l’aubaine.

La mairie de Paris s’était penchée sur la question. Le rapport rédigé par l’ancien président de la SNCF Réseau, Jacques Rapoport, conclut que cette gratuité, ne réduirait le trafic que de 2%. "Les automobilistes seraient très peu sensibles à une gratuité des transports collectifs, dès lors qu’ils ont déjà fait le choix d’un mode beaucoup plus coûteux", pointe le rapport.

Réseau efficient

Autre exemple français d’une ville qui a passé le cap, Dunkerque. La ville du nord a opté pour la gratuité en septembre 2018. Difficile d’observer la situation avec le recul nécessaire mais les premières observations montrent que cette gratuité offre l’accès à la mobilité à ceux qui étaient isolés, qui n’ont pas d’autres moyens que les transports en commun. Pas les utilisateurs de la voiture, donc. L’économiste Frédéric Héran va même plus loin et souligne la difficulté d’une décision aussi radicale, si elle n’est pas pensée intelligemment: "Le réseau a vite été saturé et beaucoup d’utilisateurs se sont retrouvés sur le carreau, faute de place. Au final, que se passe-t-il? Les usagers se tournent vers la voiture et l’image des transports en commun est écornée."

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Un constat à modérer si l’on considère la gratuité sur le long terme, mais il souligne tout de même un risque majeur qui a d’ailleurs refroidi la mairie de Paris. Le transfert modal de la voiture au métro impose une refonte des réseaux et de la qualité de l’offre. Sinon, "vous ratez votre coup", conclut l’économiste.

L’enquête de L’Echo sur la mobilité menée en collaboration avec Be-Mobile indique que ce danger guette actuellement la Belgique. Aujourd’hui, un trajet effectué via des moyens alternatifs à la voiture dure en moyenne 80% de temps supplémentaire au voyageur. La gratuité en elle-même n’apparaît pas une solution miracle. Elle doit s’accompagner d’une offre de qualité, d’autant plus dans une capitale comme Bruxelles qui voit un grand nombre de navetteurs gonfler les files du matin.

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