En Allemagne, le train de nuit revient au goût du jour

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Convaincue de leur non-rentabilité, Deutsche Bahn mettait fin en 2016 à ses trains de nuit. La compagnie de chemins de fer autrichienne ÖBB s’est engouffrée dans la brèche, devenant aujourd’hui numéro 1 en Europe des lignes nocturnes. ÖBB voit dans le train de nuit une alternative propre au trafic aérien pour les moyennes distances.

Greta Thunberg a relancé le débat en Allemagne. En janvier, la jeune activiste pro-climat entreprenait un trajet en train de 65 heures aller-retour pour se rendre de la Suède à Davos, en Suisse. Le train, rappellent depuis les militants du mouvement Fridays for future, est une alternative écologique aux vols, notamment pour les courtes et moyennes distances.

Rétablir un train de nuit "circulant régulièrement et à un prix abordable entre Paris et Berlin, via la Belgique, est un pas qu’il faudrait urgemment franchir dans le climat actuel de crise climatique".
Verts allemands

En Allemagne, en Suisse, en Suède, aux Pays-Bas ou en Autriche, un mouvement pro-train réclame le retour des trains-couchettes entre les grandes villes européennes, pour lutter contre le développement préjudiciable à l’environnement des vols low-cost. Rétablir un train de nuit "circulant régulièrement et à un prix abordable entre Paris et Berlin, via la Belgique, est un pas qu’il faudrait urgemment franchir dans le climat actuel de crise climatique", estiment par exemple les Verts dans une lettre ouverte aux ministres des Transports français et allemand.

"Pas sur la table" en Belgique

Si le succès des trains de nuit se fait grandissant en Allemagne grâce à ÖBB, mais également en France, en Italie et en Suisse, rien ne laisse penser que la situation actuelle soit en passe de changer en Belgique, en dépit du redéveloppement manifeste du rail de nuit.

Contactée, la SNCB n’en dit pas grand-chose, si ce n’est que puisqu’il s’agit de trains internationaux, "cela demanderait concertation avec les acteurs concernés". Rien de neuf à ce jour donc, "le sujet n’est pas sur la table", nous dit Elisa Roux, porte-parole à la SNCB.

Deutsche Bahn, qui mettait fin en 2016 à ses lignes de trains de nuit, jugées non rentables, est particulièrement visée. La compagnie est accusée par les Verts allemands d’avoir présenté des chiffres tronqués pour justifier sa décision. "Les trains de nuit ont toujours été l’enfant mal-aimé de Deutsche Bahn", assure un salarié sous couvert de l’anonymat. "Le train de nuit a un avenir", estime pour sa part le porte-parole de la compagnie de chemins de fer autrichienne ÖBB, Bernhard Rieder.

Trains-couchettes

ÖBB, qui s’est engouffrée dans la brèche en reprenant en 2017 une partie des lignes abandonnées par Deutsche Bahn est devenue depuis le numéro 1 européen du transport de nuit avec 1,6 million de voyageurs en 2018 (1,4 million en 2017) pour ses "Nightjets". La compagnie est la seule à avoir non seulement conservé ses trains-couchettes mais à les avoir développés. 18 lignes sont assurées en mains propres, 26 au total en prenant en compte les lignes gérées en coopération avec des partenaires tels que les chemins de fer suisses ou tchèques.

Livrés en 2022, les 13 nouveaux trains de ÖBB offriront douche et toilettes dans chaque cabine, des compartiments d’une à quatre couchettes pour les familles et le petit-déjeuner "à des tarifs compétitifs".

Les véhicules relient la Suisse et l’Autriche avec Berlin, Hambourg ou Munich mais aussi Prague. La ligne la plus rentable est Berlin-Zurich. Le taux de remplissage des trains oscille entre 55 et 60%, selon ÖBB, qui vient de passer commande de 13 nouveaux trains à Siemens. Livrés en 2022, ils offriront douche et toilettes dans chaque cabine, des compartiments d’une à quatre couchettes pour les familles et le petit-déjeuner "à des tarifs compétitifs", assure la compagnie.

Lundi, ÖBB annonçait une nouvelle étape de son partenariat avec la compagnie CFF suisse, avec un renforcement des capacités sur les liaisons Zurich-Prague ou Bâle-Zurich-Berlin-Hambourg. Seule restriction à son développement, la compagnie, pour des raisons de coûts, s’est engagée à effectuer tous les travaux de maintenance sur le sol autrichien. ÖBB ne pourra pas, dans ces conditions, offrir à moyen terme des liaisons entièrement extraterritoriales, entre Amsterdam et Barcelone par exemple.

"Le train de nuit est apprécié du public, mais boudé par les pouvoirs publics."

"Le train de nuit est apprécié du public, mais boudé par les pouvoirs publics", accuse l’association allemande d’usagers Allianz pro Schiene. Elle dénonce notamment que les compagnies aériennes soient exonérées de TVA en Europe, tandis que les usagers doivent s’acquitter d’un taux de 6% sur les trajets de plus de 50 km en Belgique et aux Pays Bas, de 10% en Espagne et en Autriche et de 19% en Allemagne.

Le ministre allemand des Transports a annoncé une réduction à venir du taux de TVA pour les billets de trains grandes lignes à 7%. Mais pour l’heure, calcule Allianz pro Schiene, l’avion bénéficie d’une subvention indirecte de 12 milliards d’euros par an en Allemagne, du fait de l’absence de TVA sur les billets d’avion et le kérosène.

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