Entre la vignette en Wallonie et la taxe au kilomètre en Flandre, que choisir?

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En Flandre et en Wallonie, ce sont deux visions de la mobilité qui s’affrontent. Chaque formule a ses avantages et ses inconvénients.

Entre la vignette et la taxe au kilomètre, quelle formule choisir? La Flandre et la Wallonie planchent sur la question mais n’arrivent pas, pour l’instant du moins, à se mettre d’accord. La Région wallonne veut un système de vignette forfaitaire, comme en Suisse par exemple, alors que la Flandre préfère une taxe au kilomètre.

Chaque système a ses avantages et ses inconvénients. La vignette serait neutre financièrement pour l’utilisateur car elle serait compensée par la suppression partielle ou totale de la taxe de roulage. Elle coûterait entre 40 et 50 euros par an. Comme elle est la même pour tout le monde, on évite de pénaliser les personnes qui vivent en milieu rural et qui, dès lors, parcourent plus de kilomètres et ont par ailleurs moins facilement accès aux transports en commun. La vignette rapporterait même aux finances publiques wallonnes, puisque ceux qui roulent en Wallonie sans y vivre, devront également la payer.

En Flandre, on s’oriente plutôt vers une taxe kilométrique dont les modalités pratiques restent à déterminer. Pour ce faire, le gouvernement flamand a commandé auprès d’un consortium de consultants et avocats une étude, qui doit être bouclée pour la fin du mois d’avril. L’idée est de développer une taxe dite intelligente dont le montant variera en fonction de la distance entre domicile et lieu de travail ou de l’heure de la journée par exemple. L’objectif principal est de s’attaquer aux embouteillages endémiques sur les routes du nord du pays. Les files ont doublé en Flandre ces cinq dernières années. De 288.000 voitures de société en 2007, on est passé à 465.000 en 2017.

Plus égalitaire

• Côté wallon, le ministre de la Mobilité Carlo Di Antonio (cdH) espère obtenir rapidement des explications sur les projets de la Région flamande car l’introduction de deux systèmes différents dans un même pays est "difficile à imaginer", selon lui. À ce stade, il se dit "opposé" à un tel projet de taxe kilométrique pour la Wallonie. D’après lui, le paiement proportionnel au nombre de kilomètres parcourus existe déjà via les accises et donne le droit de polluer davantage aux automobilistes qui ont les moyens de payer. Di Antonio juge la taxe de circulation non seulement plus égalitaire, mais elle a en outre fait ses preuves ailleurs, en Suisse par exemple.

 À Bruxelles, la situation de départ est comparable à celle de la Flandre. Les priorités sont de désengorger la ville et de lutter contre la pollution de l’air. C’est notamment pour contribuer à ces deux objectifs que ressurgit à intervalles réguliers l’idée d’instaurer un péage urbain à l’entrée de Bruxelles. Un projet en ce sens est actuellement porté par le député bruxellois Emmanuel De Bock (DéFI). Mais celui-ci ne fait pas l’unanimité, notamment dans les milieux économiques qui craignent un exode des entreprises de la capitale. Cet argument a redonné vigueur au principe d’une taxation au kilomètre, comme en Flandre.

Reste que deux systèmes différents sur un territoire aussi exigu que la Belgique, cela risque d’être un peu compliqué à gérer…

Taxer l’heure de pointe

Dans une étude qui avait eu un certain retentissement l’an dernier, Stef Proost et Ruth Evers, deux chercheurs de la KU Leuven ont avancé un certain nombre de pistes innovantes pour évoluer vers une mobilité durable au plan environnemental tout en évitant de créer des distorsions sociales ("Slimmer onderweg, 25 snelwegen naar een leefbare mobiliteit", éd. Acco).

Partant du constat que les solutions classiques, comme l’élargissement des routes, le carpooling ou la quasi-gratuité des transports en commun, n’ont pas permis de résorber les files, ils plaident pour un système de tarification routière qui vise à mieux exploiter la capacité de l’infrastructure existante. Ce qui signifie concrètement de pénaliser celui qui roule aux heures de pointe. "Beaucoup d’automobilistes pourraient prendre encore un café à la maison et arriver à la même heure au travail", plaident-ils. Le problème, c’est qu’en taxant ceux qui circulent sur les routes, on décourage les gens de travailler. C’est pourquoi les chercheurs préconisent d’affecter les recettes de la taxation au kilomètre à une baisse linéaire du coût du travail. Ainsi, celui qui part travailler en heure de pointe ne perdra pas en salaire. Par contre, celui qui optera pour les heures creuses y gagnera.

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