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analyse

La Stib gratuite? Pas la meilleure des idées

©BELGA

En pleine campagne électorale, plusieurs partis plaident pour la gratuité des transports publics dans la capitale. Une bonne idée? La plupart des experts en mobilité remettent en question l'efficacité d'une telle mesure pour décongestionner la capitale, même si son coût n'est pas exorbitant.

Combien ça coûte?

En 2017, la Stib a engrangé officiellement 270 millions d’euros de recettes grâce au trafic des voyageurs. Mais 60,65 millions proviennent d’une dotation pour compenser les tarifs préférentiels accordés à certains usagers (étudiants, seniors, etc.). Si l’on déduit en outre d’autres recettes qui ne sont pas issues directement du trafic des voyageurs, on obtient un montant de 202,5 millions, qui correspond donc aux recette issues directement du trafic (billets, abonnements,...). Ce qui équivaut à 168 euros par Bruxellois (enfants compris) ou 223 euros par contribuable.

Une fausse bonne idée?

Il ne faut pas oublier que les recettes provenant des clients sont un important levier financier de réinvestissement pour la Stib.

«Le péage urbain aurait un effet beaucoup plus important sur le transfert modal.»

De l’avis de nombreux spécialistes, c’est surtout un système de péage urbain qui devrait s’imposer. Pour Laurent Duvigneaud, directeur du bureau d’études Stratec et expert en planification des transports, "le péage urbain aurait un effet beaucoup plus important sur le transfert modal (lorsqu’un usager change de mode de transport), de l’ordre de 10%. Pour la gratuité des transports, on estime ce report à environ 3%".

Michel Hubert (Université Saint-Louis), président du Centre interuniversitaire d’étude de la mobilité, confirme que le péage urbain serait plus efficace pour améliorer la circulation dans la ville. Il plaide même pour "une mise en place immédiate d’un péage dans certaines zones de la capitale, comme le quartier européen". "Il faut le faire tout de suite, sans attendre l’installation de la fiscalité intelligente, car ce serait un signal plus intéressant que la gratuité." Mais un péage urbain est beaucoup moins porteur électoralement que la gratuité…

De plus, les spécialistes s’accordent à dire qu’il est un peu tard pour parler de gratuité "quand on voit les millions investis pour le contrôle des billets et les portiques Mobib, un investissement qui doit se résorber en 30 ans".

Qui doit payer?

223 euros
223 euros
Si la gratuité des transports devait être uniquement supportée par un impôt régional sur les personnes physiques à Bruxelles, chaque déclarant devrait verser annuellement 223 euros pour amortir le coût de la gratuité.

Outre un péage urbain, d’autres sources de financement peuvent être imaginées.

"Les entreprises, qui gagneraient en productivité si la mobilité s’améliore en ville, pourraient verser un impôt spécifique à l’instar de la taxe transport en France", souligne Laurent Duvigneaud.

Les habitants, soit par un impôt régional pour la mobilité ou une contribution fédérale s’il s’agit du bien-être et de la santé publique, pourraient aussi compléter l’enveloppe pour financer la gratuité des transports.

Des exemples dans d’autres villes?

"Quand on a offert la gratuité, il est très difficile de retourner en arrière"
Xavier Tackoen
Directeur du bureau d'études Espaces - Mobilité

Pour Xavier Tackoen, les petits réseaux sont plus aptes à accueillir une "gratuité efficace". "Dans les villes de 50.000 à 100.000 habitants, la gratuité a du sens, les investissements sont plus étalés dans le temps et les fréquences moins importantes que dans les grandes villes", explique le directeur d’Espaces-Mobilités.

La ville d’Hasselt était une des pionnières en la matière, en rendant son réseau de bus accessible gratuitement en 1997. L’expérience a été un succès en termes de fréquentation. Dix fois plus de trajets ont été enregistrés en 2013. Mais la mesure s’est aussi révélée impayable pour la commune limbourgeoise et a été supprimée il y a quatre ans.

Le Luxembourg se prépare à devenir dès l’an prochain le premier pays au monde à offrir les transports publics à ses citoyens. Le coût de la mesure est estimé à un peu plus de 40 millions par an.

La seule capitale européenne à avoir franchi le pas est Tallinn. L’automne dernier, Paris a aussi étudié la faisabilité de la gratuité des transports. La Ville lumière a rapidement changé ses plans. La saturation du réseau a découragé les autorités.

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