La tolérance zéro au volant: pour tous ou rien que pour les jeunes?

La route tue environ 600 personnes par an et l’alcool en est l'une des principales causes. ©Photo News

Deux propositions de loi prônent la tolérance zéro au volant. Mais pour qui? Pour tous ou juste pour les jeunes? Et comment? Vaste débat.

La tolérance zéro au volant était au menu de la Commission Mobilité de la Chambre ce mardi, avec l’audition de plusieurs experts. La route tue environ 600 personnes par an et l’alcool en est une des principales causes. Deux propositions de loi sont actuellement dans le pipeline législatif.

L’une, émanant des deux sp.a Joris Vandenbroucke et Karin Jiroflée ainsi que de Kim Buyst (Groen), étend la règle valant pour les conducteurs professionnels à toute personne prenant le volant: soit une concentration maximale autorisée de 0,2‰ d’alcool dans le sang, ce qui équivaut dans la pratique à une tolérance zéro.

La seconde proposition, présentée par les députés MR Emmanuel Burton, Benoît Piedboeuf, Florence Reuter et Philippe Goffin, vise aussi à réduire la limite légale du taux d’alcoolémie à 0,2 pour mille, mais uniquement pour les conducteurs novices. Par novices, les auteurs désignent ceux qui détiennent un permis depuis moins de trois ans.

Avec la tolérance zéro, tout le monde est égal devant la loi: gros maigre, homme, femme. Les cyclistes aussi.
Cathy Berx
Gouverneure de la province d’Anvers

Quid des cyclistes?

La journée était donc consacrée aux auditions de spécialistes: scientifiques, experts de la mobilité, etc. La plupart se sont exprimés en faveur de la tolérance zéro pour tous. Si la question de l’influence du niveau d’alcoolémie a évidemment été abordée, le débat a aussi porté sur la problématique des contrôles nécessaires et la difficulté de l’éventuelle catégorisation, sur base de la jeunesse bien sûr, mais aussi en fonction du véhicule: quid des cyclistes?

Que disent les chiffres à propos des accidents de vélo dans lesquels l’alcool est impliqué? Ils ne semblent pas exister. Le Fietsverbond a avancé l’idée d’une amende moindre pour un cycliste que pour un conducteur d’auto, vu le moindre risque représenté pour les autres usagers de la route.

Stijn Daniels, de Vias, a rappelé que l’institut pour la sécurité routière était favorable à une diminution du seuil de tolérance. "Mais à une condition importante, que cela ne soit pas contre-productif, que les forces de l’ordre doivent se concentrer sur les conducteurs qui ont le plus bu." Il craint en effet que les forces mobilisées pour contrôler les conducteurs se situant entre 0,1 et 0,5‰ ne travaillent au détriment de la surveillance de conducteurs plus dangereux.

Nous ne pouvons pas marquer notre accord sur la première proposition en tant que secteur.
Matthias De Caluwe
Horeca Vlaanderen

Cathy Berx, gouverneure de la province d’Anvers, a, elle, rappelé que "63% des Belges sont partisans de la tolérance zéro."  Pour elle, il n’y a pas à opposer tolérance zéro et contrôle. "Il faut les deux! Avec la tolérance zéro, tout le monde est égal devant la loi: gros maigre, homme, femme. Les cyclistes aussi."

"Et si le conducteur n’a pas son permis sur lui? Et quid des permis étrangers", a épinglé le juge Koen Willebrords pour montrer la difficulté du travail des policiers en cas d’instauration d’une règle spéciale pour les jeunes conducteurs.

L'Horeca se distancie

L’expert en toxicologie Jan Tytgat a rappelé l’importance d’introduire une marge d’erreur dans l’évaluation de l’alcoolémie: "Nous avons tous de l’alcool endogène dans nos intestins. On doit tenir compte de cette marge d’erreur, mais c’est combinable" avec la tolérance zéro, a-t-il rassuré. Selon lui, le problème de l’alcool dans la circulation n’est pas à limiter à une seule catégorie. C’est un problème réparti dans l’ensemble de la société.

Essayons d’utiliser la tolérance zéro pour tout un chacun parce que les conséquences seront gigantesques pour toute la population.
Koen Ricour
Police fédérale

Matthias De Caluwe, d’Horeca Vlaanderen, a apporté le point de vue, différent, d’un secteur particulièrement concerné par ce genre de mesure. "Nous ne pouvons pas marquer notre accord sur la première proposition en tant que secteur. Mais nous sommes d’accord par rapport à la proposition de Monsieur Burton (NDLR: tolérance zéro juste pour les novices), qui correspond à ce qui se passe à l’étranger". Le responsable demande qu’on élargisse le débat et qu’on le déplace au Sénat…

Koen Ricour, représentant de la police fédérale a insisté: "Essayons d’utiliser la tolérance zéro pour tout un chacun parce que les conséquences seront gigantesques pour toute la population."   


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