reportage

Les trottinettes électriques envahissent les rues, mais aussi les magasins

Jérôme Namèche, gérant du magasin BillyKite à Ixelles. ©Kristin Myshkin

Dans la foulée du succès fulgurant des trottinettes partagées, un nombre croissant de personnes décident d'en acquérir une. Les revendeurs se multiplient.

Les trottinettes électriques appartiennent désormais au paysage quotidien du citadin. En particulier à Bruxelles. Garées un peu partout, circulant sur les pistes cyclables, la route voire les trottoirs. Il s'agit pour la plupart de trottinettes partagées, dont l'arrivée massive et soudaine a engendré quelques désagréments et beaucoup de conversations. Les pouvoirs publics tentent dès lors de trouver des solutions pour les intégrer le plus harmonieusement possible à l'espace public

On parle moins des trottinettes électriques personnelles. Et pourtant, surfant sur la vague des Lime et consorts, de plus en plus de personnes se laissent tenter et passent à l'achat. La demande augmentant, les points de vente se multiplient. 

Maxime Vinette, du magasin Brussels Bike Co. (Jette) ©Kristin Myshkin

Le magasin BillyKite à Ixelles était originellement spécialisé dans les planches. Surf, skateboard et autres wakeboard jouaient donc naturellement les premiers rôles en vitrine. Mais depuis peu, changement de décor: ce sont les trottinettes qui sont en devanture. "La demande était là. Au début, j’étais un peu réticent quand les vendeurs sont venus à moi, car ce n’est pas mon core business. Mais les demandes se sont multipliées", explique Jérôme Namèche, le gérant. Il finira par tenter le coup dans le courant de l'année 2016. Bingo. "En plus ou moins deux ans, celles-ci ont constitué plus de la moitié de mon chiffre d’affaires." Sur cette période, ses ventes de trottinettes se sont multipliées par cinq. Il comprend l'engouement pour ce nouveau mode de déplacement: "J’ai moi-même essayé. Et en une semaine, j’ai été persuadé que c’était le meilleur moyen de circuler à Bruxelles."

Les magasins de vélos adoptent également la tendance. Maxime Vinette, technicien spécialisé en cycles, y a vu un marché à prendre: "C’était une bonne idée, ça se vend régulièrement", constate-t-il. Depuis deux ans, les trottinettes électriques se mélangent aux vélos de sa petite boutique Brussels Bike Co. à Jette.

"Ça fait longtemps qu’on n'a plus eu un produit comme ça"

Le marché des trottinettes électriques est colossal.
Vincent Garcia
directeur du Fnac City 2

​La Fnac aussi leur a fait une belle place dans ses rayons. Sur le site de la chaîne, la trottinette électrique se classe parmi les best-sellers. En magasin, les clients en trouvent dès l’entrée. Vincent Garcia, directeur de la Fnac City 2 à Bruxelles, en vend depuis 2017: "C’est un produit tendance. Connaissant l’état de la mobilité à Bruxelles, on aide les consommateurs à trouver d’autres solutions pour se déplacer." 

Le rayon trottinettes électriques de la Fnac City 2 (rue neuve, Bruxelles). ©Kristin Myshkin

Les ventes explosent. "Pour vous dire, ce magasin-ci est classé 10e sur toute la planète Fnac en vente de trottinettes électriques. Ce qui est exceptionnel, car nous n’avons pas cet espace en chiffre d’affaires." Vincent Garcia ajoute: "Ça fait longtemps qu’on n'a plus eu un produit comme ça, qui est en plein boum." S'il préfère ne pas dévoiler les montants exacts des ventes, il assure qu'on peut parler de croissance à trois chiffres. Le produit entre dans les projets d’avenir de la chaîne: "C’est déjà un rayon à part entière, auquel on va donner plus de place dans les années à venir."  Vincent Garcia rêve d'un département entier consacré à la mobilité urbaine. "On pourrait faire beaucoup mieux. La demande est là. Il faut étendre la gamme, les accessoires, les services. Investir dans les vélos électriques. Ce sont des marchés colossaux."

"On a de plus en plus de concurrence"

1.080
euros
La trottinette partagée coûte 0.15 cents/min + 1 euro pour le déverrouillage. En l’utilisant 30 minutes par jour, cinq fois par semaine, on grimpe à 90 euros par mois et donc 1.080 euros par an.

C'est en 2017 que le marché de la trottinette électrique a connu  un véritable  boom, avec l'arrivée en masse d'importateurs étrangers. Micro-mobility, fabricant suisse présent sur le marché belge depuis 2016, les a vu déferler: "En 2017, on a très peu vendu, car les marques étrangères ont inondé le marché, avec des prix bas. [...] On a de plus en plus de concurrence. On est un des plus anciens joueurs dans le secteur et maintenant on doit se battre", explique Paul Baetens, fondateur de issey SPRL, importateur des trottinettes Micro Mobility en Belgique. 

Il doit faire face à des géants tels que Xiaomi, une marque chinoise qui propose des modèles à bas prix. La compagnie se dit "très satisfaite de l’accueil réservé à ses trottinettes"sans dévoiler de chiffres.

Paul Baetens prédit un développement du marché, avec la venue de davantage d’alternatives en micromobilité. Face à la concurrence, il a choisi la spécialisation: "On ne sait pas financer des croissances tout volume. On va sûrement rester dans le haut de gamme pour suivre de manière réaliste, privilégiant la qualité et le service après-vente"

"Un oeil qui rit, un oeil qui pleure"

Micro Mobility se distancie également des trottinettes partagées. "Le modèle économique sans stations fixes et surveillées peut sérieusement nuire au succès de l’e-trottinette", estime Wim Ouboter, fondateur et CEO de Micro Mobility Systems. "Nous observons cette évolution avec un oeil qui rit et un oeil qui pleure."  En effet, d’un côté, les citadins peuvent tester avant d’acheter. D’un autre, la mauvaise utilisation de ces trottinettes et leur non-durabilité commencent à donner une connotation négative au produit.

Les trottinettes électriques partagées et les individuelles représentent donc deux modèles économiques différents, bien que l’un influence l’autre. "Ce ne sont pas des concurrents, les gens s’essayent au système, avant de se rendre compte qu’avoir la sienne, c’est en avoir une en bon état, plus performante et toujours à disposition", explique Jérôme de BillyKite. En location, la trottinette coûte 0.15cents/min + 1 euro pour le déverrouillage. En l’utilisant 30 minutes par jour, cinq fois par semaine, on grimpe à 90 euros par mois, et donc 1.080 euros par an. Pour une e-trottinette, il faut débourser entre 300 et 1.500 euros en moyenne. Les usagers se rendent donc vite compte que sur le long terme, investir dans son propre engin permet d'économiser de l’argent

Et puis, leur disponibilité et leur pliabilité font aussi pencher la balance en leur faveur. "C'est très pratique à combiner avec les transports en commun, même plus que le vélo. On peut la plier dans le train, elle rentre facilement dans le coffre", témoigne Benoit Godart, porte-parole de Vias, l'Institut belge pour la Sécurite Routière. Mais chez Vias non plus, on ne dispose pas à ce stade de chiffres précis quant au nombre de trottinettes électriques vendues en Belgique. "Trop de ventes se déroulent sur internet et aucun institut spécialisé n'existe", explique Benoît Godart.

Et si la trottinette doit être réparée?

Jean-Pierre a récemment fait l’acquisition d’une Xiaomi M365. Un choix guidé avant tout par le prix (bas). Pas de chance, quelques semaines à peine après son achat, il crève un pneu. Il se met donc en quête d’une chambre à air. Passage obligé: internet. Mais au moment du remplacement, ça coince: "Impossible d’enlever la roue. J’ai fait des recherches sur le web et ce problème est connu. J’ai dû plier une pièce pour parvenir à dévisser l’axe. Ce genre de trottinette n’est pas vraiment faite pour être réparée." 

Il n'est pas le seul dans le cas. Paul Baetens, revendeur de Micro Mobility, explique que "les bas de gamme se retrouvent souvent à la déchetterie". 

Pas de panique, les revendeurs mettent en place des ateliers de réparation. Une source de revenus supplémentaires et une manière de fidéliser. Twinshop (Uccle) offre des services de réparation, même pour les Xiaomi: "On a remarqué qu'elles sont souvent refusées par les autres magasins", explique Laurent, employé. Mais sans pièces détachées à disposition, peu d'éléments peuvent être remplacés. "Or les trottinettes nécessitent un entretien après environ 300 km", rappelle-t-il. 

De son côté, BillyKite (Ixelles) propose même des trottinettes de remplacement pour ses clients: "C’est comme pour les voitures. Quand on la laisse au garage, on doit quand même pouvoir se déplacer", estime le gérant.

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