Londres revoit sa mobilité et ça va coûter cher à certains automobilistes

En plus du péage urbain, les automobilistes qui conduisent des voitures polluantes à Londres doivent aussi payer une taxe environnementale. ©REUTERS

Londres veut limiter le nombre de voitures dans son centre-ville. Dès ce lundi, les véhicules qui ont plus de 10 ans doivent payer une taxe qui s'ajoute au péage urbain.

Elle s'appelle la "T-Charge" et elle va faire pester les automobilistes qui veulent se rendre dans le centre de Londres. Cette taxe est entrée en vigueur ce lundi. Concrètement, elle est d'application entre 7h et 18h du lundi au vendredi pour tous les véhicules (diesel et essence) immatriculés avant 2006 et qui ne respectent pas la norme environnementale euro 4.

21,5 £
Les voitures les plus polluantes doivent désormais payer 21,5 livres (+/- 24 euros) par jour pour conduire dans Londres.

Les voitures concernées devront débourser 10 livres (+/- 11 euros) par jour pour accéder au coeur de la métropole. Cette taxe s'ajoute au péage urbain de 11,5 livres (+/- 13 euros) instauré en 2003 et qui concerne tous les véhicules.

Et ce n'est pas tout. Sadiq Khan, le maire de Londres, a rappelé qu'il ne s'agit que d'une première étape. Dès avril 2019, le centre sera transformé en une zone de basse émission 24h/24 7 jours/7. Et les règles d'accès se durciront. Les véhicules diesel immatriculés avant 2015 et de normes euro 4 et 5 seront alors aussi concernées. L'accès au centre sera tarifé à 12,5 livres (+/-14 euros) par jour.

→ Lire également Ma voiture diesel: stop ou encore?

Tout bénef'

Londres étant une des villes européennes les plus polluées, elle se doit d'être pionnière en matière de réglementation automobile. Surtout que près de 10.000 habitants de la capitale meurent chaque année de manière prématurée en raison de leur exposition à long terme à la pollution atmosphérique. Il s'agit donc d'une urgence sanitaire.

29 milliards £
Selon l'organisation publique des transports londoniens, 10.000 personnes seraient concernées chaque jour. A 10 livres par jours et 252 jours ouvrables, cette taxe rapporterait 29 milliards de livres à la ville en 2018.

Mais ces mesures pourraient également permettre de gonfler les caisses de la ville. En effet, les coûts liés à la pollution sont évalués entre 1,4 et 3,7 milliards de livres (1,6 et 4,5 milliards d'euros). La taxe en elle-même devrait également rapporter 115.000 livres (130.000 euros) chaque jour, selon une estimation de l'organisation publique des transports londoniens (ToL). Quand on fait le calcul, c'est bingo! 29 milliards de livres (32,5 milliards d'euros). Sadiq Khan s'est toutefois défendu de mettre en place une fiscalité qui va pénaliser les plus pauvres et rapport er de l'argent à la ville. "La T-Charge vise à modifier le comportement des conducteurs, pas à faire de l'argent."

Pionnier, mais...

En Belgique aussi, la Région bruxelloise a décidé d'interdire l'accès à la capitale des véhicules les plus polluants. Et Paris n'est pas en reste. Chaque ville le fait toutefois à sa manière:

• Rythme

Paris a enclenché le mouvement dès le mois de juillet en interdisant l'entrée de voitures diesels de norme euro 2, mais Londres la double ce lundi avant de se refaire dépasser par la Ville Lumière en 2020. Et Bruxelles, bonne dernière, devra attendre 2025 pour arriver au même niveau que ses voisines.

• Superficie

Bruxelles prend par contre la tête en terme de superficie couverte par ses mesures. Elles s'étaleront sur les 19 communes bruxelloises, soit 161 km². Les zones de basses émissions à Paris et à Londres représentent respectivement 105 et 21 km².

• Interdiction vs limitation

Bruxelles table sur une interdiction des véhicules les plus polluants, tout comme Paris. Londres quant à elle autorise toujours ces voitures à rentrer dans ses murs, mais espère que sa taxe aura un effet dissuasif. 

• Objectif

L'objectif le plus ambitieux est de loin attribué à Paris. La maire Anne Hidalgo compte en effet supprimer de sa ville toutes les voitures diesel dès 2024 et toutes les voitures essence dès 2030.

Les villes au lieu des États

Chez nos voisins européens, la liste de villes ayant aménagé des zones environnementales est bien plus longue. C’est entre autres le cas de Rotterdam, Utrecht, Berlin, Cologne, Hanovre, Oslo, Madrid, Athènes... En cas de pic de pollution, les villes françaises de Bordeaux, Grenoble, Lille, Lyon, Montpellier et Strasbourg peuvent même limiter temporairement l’autorisation de circulation de certains véhicules sur la base d'une vignette obligatoire qui indique leur niveau de pollution.

"Cette déclaration est un engagement clair pour relever le niveau et donner un signal au secteur privé."
Caroline Watson
Experte en véhicules non-polluants

Par ailleurs, 12 villes à travers le monde (Londres, Paris, Los Angeles, Cape Town, Copenhague, Barcelone, Quito, Vancouver, Mexico, Milan, Seattle et Auckland) se sont engagées ce lundi à n'acheter plus que des bus zéro-émission dès 2025 et à créer de larges zones de basses émissions d'ici 2030. Selon Caroline Watson, une experte en véhicules non-polluants, "cette déclaration est un engagement clair pour relever le niveau et donner un signal au secteur privé"... comme si toutes les alternatives sont bonnes face à l'immobilisme des États, trop grands pour être mis facilement en mouvement. Des objectifs ambitieux ont toutefois été pris par plusieurs pays dont la Norvège, les Pays-Bas et la France qui ont décidé d'arrêter la commercialisation de véhicules polluants dès 2025, 2030 et 2040 respectivement. 

Et en Belgique? "Il est essentiel que notre parc automobile devienne plus vert les prochaines années", peut-on lire dans l'accord du gouvernement d'octobre 2014. Le Fédéral a toutefois décidé cet été de partir à la chasse aux "faux" véhicules hybrides en supprimant l'avantage fiscal de nombreuses voitures. Il y a encore du pain sur la planche.

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