Pourquoi le télétravail n'est pas la solution miracle pour la mobilité

L'augmentation du télétravail est un outil important de gestion de la mobilité, mais il ne suffit pas. Il faudrait, selon le Bureau du Plan, d'autres politiques jouant sur la répartition modale et temporelle des déplacements. ©BELGA

Un large usage du télétravail dans les années à venir entraînerait une redistribution des déplacements plutôt qu’une vraie diminution du trafic. Et surtout au détriment de l’usage du train, selon le Bureau du Plan.

Le télétravail est actuellement la règle, crise sanitaire oblige. Il a vidé les bureaux et donc éliminé de nombreux contacts rapprochés, mais il a aussi dégagé les routes. L'expérience semble avoir ouvert la voie à une certaine généralisation de ce mode de fonctionnement pour l'avenir, ce qui permettrait de réduire les embouteillages, coupables d'émissions nocives, d'heures inutilement perdues. Le Bureau du Plan a donc cherché à savoir quelles seraient les conséquences, en termes de mobilité, d'un système de homeworking largement répandu à long terme.

40%
Le Bureau du Plan envisage que 40% des employés seraient en télétravail 2 jours par semaine en 2040

Notre organisation moderne du travail, hors Covid, implique encore de nombreux déplacements aux heures de pointe et, globalement, en direction ou à l’origine des mêmes lieux. Le scénario envisagé par le Bureau du Plan se base sur une enquête du SPF Mobilité qui montrait qu'en 2016, seuls 17 % des travailleurs faisaient du télétravail (1,4 jour par semaine) et il considère qu'en 2040, près de 40 % des employés pratiqueraient le télétravail, en moyenne deux jours par semaine.

Pas de diminution marquée du trafic

Résultat? Une redistribution des déplacements plutôt qu’une large diminution, et surtout au détriment de l’usage du train. Il n'y aurait qu'une réduction de 1,2% des passagers-kilomètres (unité de mesure correspondant au transport d'une personne sur un kilomètre). C'est peu.

23%
Pour les navettes entrant dans Bruxelles, on note une baisse de 23%.

On note cependant une nette baisse des trajets domicile-lieu de travail, et les grandes agglomérations en profiteraient puisque la demande de transport diminuerait de 17% pour Bruxelles. Pour les navettes entrant dans Bruxelles, la chute est même de 23%.

Mais on constate aussi une augmentation de la demande de transport pour "autres motifs" (shopping, etc.). Ces déplacements se produiraient surtout en voiture, en heures creuses, et autour du domicile.

Le télétravail doit faire partie d’un ensemble plus large de mesures jouant sur la demande totale, mais aussi sur la répartition modale et temporelle de cette demande.
Bureau du Plan

Il faut d'autres mesures

Le Bureau du Plan conclut à un impact local positif d'une augmentation du télétravail à long terme sur la congestion en direction de Bruxelles, mais peu significatif ailleurs, mais globalement trop faible pour compenser l’augmentation prévue de la demande de transport,comme vise le gouvernement.

Bref, l'augmentation du télétravail s'avère un outil important et structurel de gestion de la mobilité, mais ne représente en aucun cas un remède miracle. Il "doit faire partie d’un ensemble plus large de mesures jouant sur la demande totale, mais aussi sur la répartition modale et temporelle de cette demande".

Le Bureau du Plan n'est pas le premier à prédire que le télétravail n'est pas la voie royale pour une mobilité intelligente. Le bureau d'études Stratec, notamment, avait déjà conclu qu'il risquait de renforcer le phénomène de périurbanisation.

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