Pourquoi le transport en car n'est pas rentable

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Après avoir croqué d’autres rivaux, la compagnie allemande de transport par autocar FlixBus avale son rival Postbus. L’Allemagne a été un des premiers pays en Europe à avoir libéralisé ce marché. Malgré son expansion spectaculaire, il ne permet pas encore aux principaux acteurs de présenter des comptes à l’équilibre.

MeinFernBus, Megabus, Postbus… La compagnie de transport par autocar FlixBus croque depuis quelques mois ses principaux rivaux. Cette soif inextinguible n’est pas due au hasard.

Car même si ce marché est en pleine expansion, ses intervenants ne parviennent toujours pas à équilibrer leurs comptes. Pour mettre fin à la guerre des prix qui les étrangle, les compagnies doivent donc accroître leur taille critique et racheter leurs concurrents.

22 millions de passagers
Les bus longue distance ont transporté l’an dernier 22 millions de passagers en Allemagne, contre à peine 8,2 millions en 2013.

L’Allemagne a été un des premiers pays en Europe à avoir libéralisé ce marché. Avant le 1er janvier 2013, les compagnies d’autocars pouvaient uniquement assurer outre-Rhin des trajets qui n’étaient pas proposés par la compagnie des chemins de fer allemands, Deutsche Bahn (DB). L’ouverture de ce secteur à la concurrence il y a trois ans et demi a provoqué un raz-de-marée qui a pris tous les spécialistes par surprise. Les bus longue distance ont ainsi transporté l’an dernier 22 millions de passagers contre à peine 8,2 millions en 2013.

En janvier 2015, la fusion des deux principaux acteurs du marché allemand, le munichois FlixBus et le berlinois MeinFernBus, a créé un géant qui contrôle 71% du marché local. Son principal concurrent était… Postbus qu’il vient de racheter. DB, avec ses 9% de parts de marché, est la seule société qui tente encore de faire de l’ombre au leader aux autocars vert et orange.

Offensive ferroviaire

La compagnie des chemins de fer a mis du temps à réaliser que la libéralisation de ce secteur allait lui faire de l’ombre. "Ce marché́ s’est développé de manière incroyable, résumait l’an dernier Ulrich Homburg, qui a longtemps siégé au directoire de DB. Nous l’avions sûrement sous-estimé́…" Pour devenir "un acteur fort sur ce créneau", la SNCB allemande a choisi de quadrupler son offre d’autocars d’ici à la fin de l’année. Parallèlement, le groupe a lancé ces derniers mois une offensive commerciale sans précédent sur ses lignes ferroviaires.

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Puisque 76,6% des clients des compagnies de bus expliquaient dans une étude de l’organisation VCD qu’ils avaient choisi de voyager par la route en raison des bas tarifs proposés par les transporteurs, DB propose depuis quelques semaines des promotions imbattables sur son réseau. Tout trajet inférieur à 250 kilomètres est désormais facturé 19 euros. Un aller simple en Allemagne quelle que soit la distance coûte, lui, 29 euros en seconde classe et 39 euros en première. Ces rabais s’appliquent également aux trajets en ICE, le TGV local.

Cette guerre des prix a permis aux trains de récupérer de nombreux voyageurs. Sur les douze derniers mois, près de trois millions de passagers supplémentaires ont voyagé sur les liaisons ferroviaires longue distance.

Les compagnies d’autocars ressentent durement les conséquences de cette guerre des prix. Certaines sociétés ont déjà stoppé leurs liaisons les plus déficitaires. Selon l’institut Iges, 295 lignes de bus longue distance étaient encore assurées au mois de juin, soit 33 de moins qu’en janvier. Chaque semaine, 4.234 voyages aller-retour sont proposés par ces transporteurs contre 4.653 à la fin de l’année 2015.

Ces chiffres sont largement supérieurs à ceux enregistrés il y a tout juste un an. Mais il semble bien que l’autoroute sur laquelle roulaient depuis deux ans les compagnies d’autocars en Allemagne se transforme peu à peu en une nationale plus sinueuse.

Fusion-Acquisition

Un rachat logique pour Flixbus

Le leader rachète son dauphin. En annonçant l’acquisition de son rival Postbus, FlixBus assoit un peu plus encore sa suprématie sur le marché du transport par autocar en Europe.

Avec une part de marché de 71% en Allemagne, la compagnie fondée en 2013 par trois jeunes entrepreneurs munichois prend le contrôle d’un de ses derniers rivaux (10% du secteur) encore en activité.

Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé, mais cette opération va permettre à FlixBus de voir ses revenus augmenter de 15 à 20 millions d’euros par an. Elle va également l’aider à séduire les retraités et les familles qui avaient pris l’habitude de voyager dans les bus de la filiale de la poste allemande. Le leader de ce secteur visait jusqu’alors une clientèle plus jeune avec son site de réservation sur la Toile et le wi-fi gratuit à bord de tous ses véhicules.

Cette reprise, qui sera effective à partir du mois de novembre, va contraindre l’acquéreur à modifier certains de ses services afin d’éviter des "doublons". Postbus propose aujourd’hui des liaisons vers 112 destinations alors que FlixBus relie 900 villes dans vingt pays.

Le directeur général de la compagnie bavaroise, André Schwämmlein, a déjà expliqué qu’il souhaitait voir ses autocars desservir des municipalités plus modestes et créer de nouvelles lignes transfrontalières. Il compte enfin se développer dans la logistique.

Postbus testait depuis plusieurs mois sur ses autocars entre Berlin et Hambourg le transport de paquets envoyés par DHL, une autre filiale de Deutsche Post. FlixBus souhaiterait poursuivre cette expérience.

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