Un futur fait de robots-taxis et de voitures plaisir

Une voiture du service de taxi "Lyft". ©AFP

Le secteur automobile investit dans la mobilité en tant que service. Il doit néanmoins continuer à vendre des voitures neuves pour financer cette évolution.

Alors que le marché automobile est mature depuis des années dans nos pays, les constructeurs automobiles bénéficiaient d’une belle croissance grâce à l’émergence de nouvelles économies. Un simple regard aux différents rapports annuels est criant: la Chine est devenue le premier marché de nombreuses marques automobiles, les allemandes en tête.

Mais alors que le défi climatique est de plus en plus pressant et que le marché automobile mondial se rapproche de son pic, tout le secteur doit se repenser. À moyen-long terme, il n’en va ni plus ni moins que de sa survie. Les nouvelles générations ont toujours besoin de se déplacer, moins de voitures. L’émergence des Uber, Lyft, Lime et autres services de mobilité globaux montre que le monde économique n’attend pas le monde automobile. Ce dernier se démène donc pour s’assurer de rester pertinent à plus long terme.

"Passer des aides à la conduite aux voitures autonomes aura un surcoût énorme qui ne fait pas sens économique pour la voiture privée"
Carlos Tavares
CEO de PSA

BMW et Daimler (Mercedes-Benz) ont par exemple décidé de s’associer dans de nombreux domaines technologiques, allant de services de voitures partagées à la voiture autonomes ou aux voitures électriques. Il s’agit de s’allier pour diminuer les coûts énormes que la transition amène. Ici on parle gros sous. Tous ces développements se chiffrent en milliards de dollars.

La voiture, jadis synonyme de réussite sociale, perd de son aplomb. Aux Etats-Unis, on estime déjà que les records de ventes de voitures des années précédentes ne seront plus jamais atteints. La pollution et les nouvelles formes de mobilité remettent en cause le modèle de la voiture privative.

"Futuristes"

De plus en plus de centres-villes bannissent (ou vont bannir) en partie ou totalement cette voiture privée. Laissant entrevoir un profond changement dans la façon dont les gens vont se déplacer.

De nouvelles fonctions aux titres évocateurs comme "futuristes" font leur apparition au sein des mastodontes du secteur de l’automobile. Face à tous ces changements et ces besoins d’investissements, "certains ne vont pas survivre", nous prévenait récemment le patron de BMW Harald Kruger, au salon de Genève.

Dans leur vision de l’avenir, une grille de lecture se dégage de plus en plus. Dans un futur plus ou moins lointain, il resterait deux types de voiture, les robots-taxis d’un côté, totalement axés sur la mobilité en tant que service, et la "voiture plaisir" de l’autre, sorte d’équitation des temps modernes pour les aficionados de la conduite. Entre les deux, plus grand-chose. Évidemment, cet avenir dépend de la progression technique en matière de véhicules autonomes. Celle-ci devrait finalement s’avérer plus chère et plus longue que prévu. ""Passer des aides à la conduite aux voitures autonomes aura un surcoût énorme qui ne fait pas sens économique pour la voiture privée", nous disait Carlos Tavares, CEO de PSA, il y a deux semaines.

Il faut aussi tenir compte du fait que l’objet voiture à une durée de vie relativement longue, si bien qu’entre le moment ou les premières voitures entièrement autonomes arriveront sur le marché et le moment où l’essentiel du parc le sera, il devrait se passer quelques décennies de plus.

Dans l’immédiat, il s’agit pour les constructeurs de ne pas laisser s’échapper ces nouveaux revenus de la mobilité au kilomètre. L’un dans l’autre, il s’agit aussi de ne pas voir les domaines à forte valeur ajoutée du futur échapper aux entreprises automobiles. La crainte ultime étant que la voiture ne devienne qu’un objet sans réelle valeur ajoutée et que celle-ci soit captée au niveau logiciel, connectivité et autres par de nouveaux acteurs.

On se prépare donc à faire partie du changement de paradigme, de la voiture privée vers la mobilité. Mais ce qui est paradoxal est que tous ces investissements sont financés sur une forte structure existante de production et de vente de voitures neuves à des particuliers.

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